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La barbarie à visage humain (extrait).

"Je suis l'enfant naturel d'un couple diabolique, le fascisme et le stalinisme. Je suis le contemporain d'un étrange crépuscule ou seuls croulent les nuages, dans le fracas des armes et la crainte des suppliciés. Je ne sais d'autre Révolution dont le siècle puisse s'illustrer, que celle de la peste brune et du fascisme rouge. Hitler n'est pas mort à Berlin, il a gagné la guerre, vainqueur de ses vainqueurs, dans cette nuit de pierre où il précipita l'Europe. Staline n'est pas mort à Moscou ni au XXème congrès, il est là, parmi nous, passager clandestin d'une Histoire qu'il continue de hanter et de ployer à sa démence. Le monde va bien, dites-vous ? Sûr en tous cas qu'il va puisqu'il ne tourne pas. Mais jamais la volonté de mort ne s'était aussi crûment, aussi cyniquement déchaînée. Pour la première fois, les dieux nous ont quittés, las sans doute de s'égarer sur la plaine calcinée où nous faisons notre demeure. Et j'écris, oui j'écris à l'âge d'une barbarie qui, déjà, silencieusement, refait le lit des hommes. Si j'étais poète je chanterais l'horreur de vivre et les nouveaux Archipels que demain nous prépare. Si j'étais musicien, je dirais les rires imbéciles et les pleurs impuissants, l'atroce tohu-bohu que font les égarés tandis que, campant dans les ruines, ils attendent le coup du sort. Si j'avais été peintre, mais Courbet mieux que David, j'aurais figuré le ciel aux couleurs de poussière qui pèse sur Santiago, Luanda ou la Kolyma. Mais je ne suis ni peintre, ni musicien, ni poète. Je suis philosophe, manieur d'idées et de mots, et de mots concassés, rouis déjà par les sots. Alors je me contenterai, avec les mots de ma langue, de dire les charniers, les camps et les cortèges de la mort, ceux que j'ai vu et ceux dont je me souviens aussi. D'expliquer le totalitarisme nouveau de ces Princes au sourire qui parfois, de surcroît, promettent aux peuples le bonheur."

 

Bernard-Henri Lévy - 1979

Texte magnifique, qui figure parmi les plus beaux, les plus intenses que j'aie jamais lus. Il a 46 ans et, plus que jamais, il est toujours d'actualité...

2 avril 2025 _________________________________________________

Je suis mort un soir d'été

Jeudi 5 juillet 2001. Hier mes filles et moi sommes rentrés d'un voyage au Futuroscope de Poitiers. Quatre jours extraordinaires, jalonnés de moments de partage, de rires et de grand bonheur. Mais aussi, aux moments de solitude, d'une profonde tristesse. Parce que je savais qu'à notre retour, j'allais pénétrer dans une période sans doute la plus pénible de ma vie…
Je n’ai pratiquement pas dormi de la nuit. Après le réveil et le petit-déjeuner, je profite une dernière fois du plaisir intense que me procure mes deux puces jouant sur la pelouse avec la petite chatte Chipie, appartenant à l’aînée. Et je tente de dédramatiser : la vie continuera, et je puiserai en Maeva et Céline, lors de nos prochains week-ends ensemble, la force qui me maintiendra en vie. Et puis, leur mère et moi tentant de tout faire pour réussir notre séparation, contrairement à notre mariage, nous avons convenu que je pourrai leur rendre visite aussi souvent qu'il me plaira, dans les limites de leur disponibilité. Midi. Repas. Pas faim. La brûlure s'intensifie. La morsure me bouffe les entrailles. L'espoir et les résolutions du matin s'envolent. Le désarroi devient total. Je refuse d'y croire. Il m'est impossible d'imaginer cette maison sans leurs cris, sans leurs rires. Mais l'heure approche à pas de géant. Il a été convenu avec leur grand-mère maternelle qu’elle se chargerait de les emmener vers leur nouveau domicile. Simplement parce que, s’il m’eût été agréable d’effectuer le trajet aller, je n’imaginais pas pouvoir rentrer chez moi seul au volant de ma voiture. Trop dur. Impossible. L'après-midi se poursuit et ma douleur devient gigantesque. Et si leur grand-mère n'arrivait pas...
Mais, soudainement, l'inéluctable se produit : la voiture se profile à l'horizon, ses pneus crissent sur le gravier dans la descente menant au garage. Cœur battant la chamade, et puisant dans les tréfonds de mes entrailles un semblant de courage et de dignité, je serre très fort mes filles contre moi, les embrasse tendrement, tentant et réussissant, je ne sais par quel miracle, à faire bonne figure. Ne semblant pas trop perturbées, elles me rendent mon étreinte et, très vite, elles grimpent dans cette voiture qui les emmène à cent trente kilomètres de Cessy, chez leur mère qui m’a quitté depuis six mois. Produisant un effort surhumain pour essayer de sourire un peu, je leur adresse un petit signe de la main. La voiture démarre. Dernières mains agitées et l'auto disparaît. Maeva, 10 ans et demi, et Céline, 9 ans, s'en sont allées. Définitivement ! Leur éducation n'est désormais plus de mon ressort. Alors, je rentre en trombe dans le garage et referme la porte derrière moi, cherchant un trou de souris dans lequel me blottir. Je n'en trouve pas. Perdu dans ce sous-sol, je me laisse glisser contre l'un de ses murs et demeure là, en larmes, et en proie à une irrépressible envie de mourir.

14 mars 2025 ____________________________________________________

Elle a 9 mois aujourd'hui

Lorsque j'arrive, pénétrant silencieusement dans l'appartement, elle se trouve dans les bras de sa maman (ma fille cadette) ou de son papa (son mari). Elle m'aperçoit, et met moins de deux secondes pour me reconnaître. Alors avec un sourire radieux, lumineux, elle agite les bras, puis tout le corps, en poussant de petits cris. Je m'approche et saisit ses mains tendues. Je retrouve ma petite-fille, j'en suis tout ému, profondément touché par autant d'enthousiasme de sa part. Je craque littéralement, en la prenant dans mes bras, et l'embrasse tendrement.

Mes filles exceptées, je n'ai pas souvenir d'un accueil aussi chaleureux de la part d'un petit être de moins d'une année. Ni même de tout autre âge que ce soit. Je l'aime profondément, de tout mon cœur, et les deux journées hebdomadaires que je passe à m'occuper d'elle me sont devenues presque indispensables. Elle est mon bonheur, ma joie, celle qui fait que la noirceur de certains de mes jours s'illumine d'un rayon de soleil salvateur et immensément réconfortant.

24 février 2025 __________________________________________________

margaux.jpg

RTS Première, quel désastre !

Y'a longtemps qu'ça mijotait dans ma caboche. Mais là, la soupape de sécurité a parfaitement rempli sa fonction : trop c'est trop ! Ces ondes nationales, passées dernièrement à un DAB+ catastrophique par les coupures incessantes qu'il engendre, programment et reprogramment sans fin des rediffusions inadmissibles. Trois exemples parmi tant d'autres : "Histoire vivante", "Monumental" et "La belle échappée". Si l'on pourrait tolérer des rediffusions semestrielles ou annuelles, celles-ci monopolisent l'antenne à un rythme hebdomadaire, voire plus court encore. 
Mais si y'avait qu'ça… Dans "Drôle d'époque", chaque après-midi de la semaine Simon Matthey-Doret, l'animateur à l'égo démesuré, monopolise la parole, faisant étalage de sa culture, omniprésente pédante, chiante, et coupant sans cesse les interventions de sa coprésentatrice, la très subtile et modeste Mélanie Croubalian, réduite au rang de simple faire-valoir par un vilain et insupportable machiste. Et puis, dans "Vertigo", y'a Pierre Philippe Cadert. Alors, lui, c'est l'pompon ! Ce gugusse, majoritairement aux manettes vocales, pollue les ondes par son rire et ses ricanements débiles qui suivent systématiquement toutes ses phrases et questions. Insupportable lui aussi ! Heureusement qu'Anne Laure Gannac, sa très compétente suppléante, n'est pas atteinte de la même tare.
La redevance annuelle à 365 balles, que la SSR défend becs et ongles, est une infamie et une attaque inadmissible aux portemonnaies de ses auditeurs. Personnellement, je suis pour une taxe à 52.- CHF par an, et pas un kopek de plus. Un franc par semaine, c'est largement suffisant. Et si le budget ne suffit pas ainsi, y z'ont qu'à balancer de la pub sur leurs ondes ringardes. Ça nous fera quelques bols d'air frais pour reprendre notre souffle.
Ah, oui, j'allais oublier : les vacances d'été, même si elles sont encore loin, me glacent déjà le sang. Parce que RTS Première va sans doute (comme ces dernières années) nous imposer, chaque après-midi de la semaine, sa traditionnelle bombasse valaisanne naze de Mase, Manuela M. et ses élucubrations surréalistes sur tout et n'importe quoi faisant son bonheur quotidien.
RTS, quelle tristesse ! 14 centimes par jour que j'vous dis…

Daniel Rabier (pour rire un peu)

Quasiment inconnu il y a encore 4 ou 5 ans, ce gars crève aujourd'hui l'audimat (youtubien). Interdit de télé tant certains de ses sketches sont "limites", sa grossièreté n'a d'égale que son imagination. Grossier oui, mais pas vulgaire (comme disait Coluche). A chaque vanne qu'il balance, l'on se demande où il est allé la chercher. Voici un des nombreux extraits de ses spectacles que l'on peut trouver sur YouTube. Je l'ai choisi parce que, pour ce qui concerne les cas limites, il est loin d'atteindre le sommet, tout en étant extrêmement drôle, et spirituel, notamment à la fin du sketch. Beaucoup de standupers-euses actuels pourraient en prendre de la graine... 

11 février 2025 ___________________________________________________

Sous les soutanes

Sous les sombres soutanes de pervers religieux, frétillent des quéquettes en liberté, prêtes à jaillir de leur saint-habit, symbole odieux d'un clergé à la dérive, au service d'un dieu atteint d'une cécité millénaire (pour les uns, et inexistant pour les autres, dont je fais partie). Dressées comme des statues au garde-à-vous, guettant l'éphèbe, le pré-ado, l'enfant de chœur au cœur si pur, les bites de ces sagouins sévissent sans vergogne, protégées par le statut inattaquable de ceux qui en usent sous couvert de serviteurs de l'éternel. Curés, prêtres, vicaires, chanoines, évêques, cardinaux, coupables ou complices par leur silence, religieux cathos de tous bords, ils me dégoûtent tous, me répugnent, et entretiennent en moi une envie de gerber à chaque révélation de leur minable et abjecte perversion. 
Lâches fripouilles abusant de la crédulité de leurs victimes, ils ne méritent que le bûcher, la mort à petit feu, l'enfer éternel et purificateur (le vrai, l'authentique, pas celui qui foutait la trouille à leurs petites victimes). Tout comme celles et ceux qui, prêts à les absoudre, prient pour leur rédemption, pour qu'on leur pardonne : Et sans la moindre compassion pour les victimes, brisées à jamais par l'infamie des actes odieux qu'ils ont subis, au fond d'une sacristie, dans le lit de leur internat, sous la tente d'un camp de scouts, ou tout autre endroit propice à l'infâmie et la dissimulation. Catho de naissance, baptisé, premier communiant, confirmé, confessé, catéchisé, l'abusé que j'ai été renie tout cela en bloc, rage entre les dents, poing vengeur dressé en direction du ciel et jusqu'à la fin des temps.

17 janvier 2025 __________________________________________________

Au bonheur des jours
Lorsque j'arrive, ayant entendu la porte d'entrée s'ouvrir, elle regarde déjà dans ma direction. Il lui faut moins de trois seconde pour réagir. Et tout de suite s'affiche un large sourire sur son visage, ses yeux s'illuminent, et ses bras, ses jambes, tout son corps s'agite. Elle me reconnaît ! Et moi je fonds littéralement. Voir une personne, quelle qu'elle soit, afficher une telle manifestation d'enthousiasme et de joie lors de mon apparition, c'est une chose à laquelle je ne suis pas habitué, ou qui a peut-être (sans doute même) existé mais que j'ai oubliée.

Dans la "mornitude" qu'est devenue ma vie, ces quelques heures que je vais passer avec ma petite-fille, sont quelque chose d'extrêmement réconfortant, une pause revigorante qui, je le constate, m'est presque devenue indispensable. Je m'occupe d'elle, lui donne à manger, la distrait et veille sur elle comme si ma propre vie en dépendait. Aux commandes de sa poussette, nous parcourons tous deux en moyenne 8 kilomètres par jour, pour autant que la météo soit coopérative. Je pense être un grand marcheur, j'en ai besoin, mais mes balades sans elle sont devenues presque ennuyeuses.
Bon, ce petit bout de chou n'a que sept mois et demi, et il faudra encore au moins quatre fois ce laps de temps pour que, si elle ne me voyait plus, garder un petit souvenir de moi, son grand-père maternel qui en vient à supplier Alzheimer de ne pas s'en prendre à ma mémoire, tant la voir grandir, évoluer, s'intéresser à tout ce qui l'entoure, me ravissent, me font du bien, et creusent moi le sillon d'un amour petit-filial que je n'aurais jamais envisagé d'une telle intensité. 
Et même si je la vois moins souvent que Margaux, il en va de même pour sa cousine Lyne, de dix-huit mois son ainée. 
Parents, qui élevez vos descendants directs, dites-vous bien que l'enfance que vous leur réservez deviendra absolument primordiale dans et pour tout le reste de leur vie. N'oubliez jamais cela…

11 janvier 2025 _______________________________________________________

Il y a 50 ans (Put... un demi-siècle déjà !)
Le lundi 6 janvier 1975, de mon village neuchâtelois de Cortaillod (dans lequel je résidais depuis 1964), je débarquais à Genève, rue de Carouge, afin de débuter une école de gendarmerie. Après neuf fois mois d'armée, et une pénurie de travail (causée par le premier choc pétrolier, consécutif à la guerre du Kippour) dans mon métier de chauffeur poids-lourds, mon père vendait mon camion et avait juste de quoi garder le sien. J'ai choisi Genève, et non pas Neuchâtel, parce que le salaire mensuel de la fonction y était supérieur de 300.- CHF. (1'900.- contre 1'600.-) Hélas, la formation de gendarme étant assez physique, au bout de 10 jours je fus renvoyé. Ayant effectué mon service militaire avec une dispense générale de marche (saleté de polio !), il n'était pas question que ce soit le cas dans cette nouvelle fonction.

Lorsque je dis "hélas", je me rendis compte très vite que c'était en fait une chance. Mois payé en totalité, généreux et beaux joueurs, mes employeurs m'offrirent un poste de "Contrôleur passeports" à l'Aéroport international de Genève-Cointrin. J'y débutai ma fonction trois semaines plus tard. Passionné d'aviation depuis ma plus tendre enfance, ce fut une chance inespérée. Mais, après deux ans, j'avais fait le tour du métier, devenu ennuyeux au possible. Ce qui me retint, ce fut cette possibilité de voir, en face de moi et me présentant leurs papiers, une ribambelle de stars, à très forte majorité cinématographiques. Parmi elles, Isabelle Adjani, Charles Aznavour, Jean-Paul Belmondo, Charles Bronson, Johnny Cash, Charlie Chaplin, Salvador Dali, Alain Delon, Louis de Funès, Serge Gainsbourg, Johnny Halliday, Audrey Hepburn, Marie Laforêt, Niki Lauda, Sergio Leone, Sophia Loren, Yves Montand, Roger Moore, Serge Reggiani, Jean Reno, Arthur Rubinstein, Romy Schneider, Elizabeth Taylor, Lino Ventura. La liste complète comporte 93 noms, dont 48 sont (en 2024), décédés.
Dans ce service, rebaptisé "Police Frontière" dans les années 80, et aujourd'hui disparu, je suis demeuré 15 ans. A fin 1989, j'opérais une reconversion et fus engagé en qualité d'Agent AIS (Aeronautical Information Service), dans le département "Opérations" du même aéroport. Pour un gars seulement titulaire d'un banal certificat de fin d'études (secondaires, tout de même), ma licence de pilote privé, obtenue deux ans plus tôt, a été décisive pour l'obtention du poste. J'y suis demeuré durant 25 ans, jusqu'à ma retraite (anticipée et possible grâce à mes presque 40 ans de service dans cet aéroport), obtenue le 31 juillet 2014, à l'âge de 60 ans. Mais ceci est une autre histoire…

6 janvier 2025 ___________________________________________________

La meilleure expérience de mes 15 années passées au sein de la Police Frontière de l'aéroport de Genève. Dans les années 80, Swissair, la compagnie nationale, recrutait du personnel policier suisse pour superviser les contrôles de sûreté se déroulant dans des aéroports de pays à risques (de détournement d'aéronefs). C'est ainsi que je fus engagé, pour un mois, d'abord à Larnaca (Chypre) en septembre 1985, puis à Nairobi (Kenya) en juin 1987. Ces deux escales de Swissair étant peu desservies, le temps libre était conséquent pour moi et mes deux collègues sur place.

La (mauvaise) photo a été prise le 12 septembre 1985, à Larnaca. Le vol de la compagnie ne faisant qu'escale à Chypre, il continuait jusqu'à Amman (Jordanie), puis effectuait le trajet inverse le lendemain. A charge pour mes collègues et moi (à tour de rôle) de prendre place à bord, afin de superviser les contrôles de sûreté effectués le lendemain dans l'aéroport de la capitale jordanienne. Soirées mémorables (j'y suis allé 3 fois), et nuit d'hôtel dans le splendide Intercontinental, puis visites de la ville le lendemain matin, en compagnie de l'équipage, le vol ne repartant qu'en début d'après-midi. Chypre est un pays magnifique (340 jours de soleil par an, dit la pub), tout comme le Kenya, dont j'ai eu l'occasion de visiter la majorité des Parcs animaliers nationaux.

Un an de plus ou une année de trop ?...

 

Le temps passe et me rapproche lentement de la fin de mon 3ème quart de siècle. Encore 1'500 et quelques jours. Les belles espérances de l'enfance ne sont plus que souvenirs, celles de l'âge adulte désillusions, mises à part les onze années vécues auprès de mes filles. Mes histoires d'amour ont toutes fini en queue de poisson, en cul-de-sac dans de sombres ruelles. Les bons moments de ma vie professionnelles furent rares, mais je pense avoir su les apprécier à leur plus juste valeur. Aujourd'hui, mes yeux ne brillent plus qu'au travers de ceux de mes deux petites-filles, que j'adore. Leurs parents sont heureux et font plaisir à voir. L'avenir leur appartient et je leur fais confiance pour ce qui est de le gérer dans les meilleures conditions possibles. Même si, au vu de ce qui se passe aujourd'hui dans le monde, le futur me fait très peur…

 

Depuis trois ou quatre ans, ma santé a subi diverses atteintes. Sans être graves, elles sont de plus en plus handicapantes : les antalgiques et autres analgésiques font que je tiens encore debout, mais avec un équilibre de plus en plus aléatoire. Ma consommation est à son paroxysme, et je ne vois pas, dans les divers autres traitements médicaux, une solution possiblement valable. L'âge a accompli sa sape, favorisé par une polio juvénile qui a, et les statistiques le prouvent, contribué à la rendre plus évidente encore. 

 

Alors que faire ? Je ne sais pas. Trouver un 21ème domicile, après 8 mois de recherche, s'avère très ardu, voire impossible. Et de toute façon, vivre dans un pays qui, par votations interposées, est placé sous le joug des germanophones m'est devenu très difficile à supporter. Je suis désormais un fervent séparatiste romand (ou latin), sans doute sous l'influence de mon origine jurassienne. Donc, il faudrait peut-être que j'envisage de migrer. Vers des terres lointaines où il fait encore bon vivre, ou alors vers une organisation qui propose la migration définitive et libre de toute douleur : EXIT ! J'en suis là en ce 1er janvier 2025.

 

Au peu de personnes qui me lisent sur ce site, je souhaite une année à venir la plus paisible et rassurante possible, vécue dans un amour de tous les instants.

1er janvier 2025 __________________________________________________

Nostra Damus réparée
Le weekend prochain, d'immenses festivités seront organisées à Paris, afin de célébrer la réouverture de sa cathédrale, gravement endommagée en avril 2019 à la suite d'un incendie. Notre-Dame verra défiler tout le gratin ecclésiastique et politique du pays. Plus de 50 chefs d'Etats ont déjà fait part de leur présence. Plus de 6'000 policiers seront là pour sécuriser tout le bazar. Et une foule innombrable se rendra bien entendu sur place. Les chrétiens trouveront ainsi un moyen de se rassurer, de se serrer les coudes après les scandales sans fin de la déviance pédophile et sexuellement violente de ceux qui sont au service de la religion catho. Au-dessus de leurs têtes, l'abbé Pierre défilera sur un nuage gonflé par l'indignité et le mépris récemment engendrés. Les abuseurs cléricaux de tous genres planeront entre les piliers du monument, restauré à coups de centaines de millions d'euros. Et Notre-Dame, la maîtresse des lieux, fermera pudiquement les yeux sur cette infâme gangrène qui, depuis des décennies, a fait perdre toute sa légitimité à la seconde religion mondiale (derrière l'islam). 
Une religion dont j'ai hérité à ma naissance, tel un cadeau empoisonné. Première injustice ! La deuxième aura lieu 9 ans plus tard, dans la sacristie d'une église. La troisième prendra effet immédiatement après, car élevé dans la croyance de géniteurs aveugles. Il n'y en aura pas d'autre, puisque dès la fin de mon adolescence, je renierai définitivement cette secte, coupable de tant et tant de méfaits et de crimes tout au long de ses 2'000 années d'existence. Dimanche prochain, nous serons le 8 décembre : fête de l'immaculée conception, et jour férié dans de nombreux pays cathos. La vierge Marie le restera toujours, car fécondée par le saint-esprit ! Miraculeux ? Risible, surtout. Car épisode initial d'une histoire prétendue sainte, truffée de mensonges, d'adaptations destinées à rendre les croyant(e)s plus croyant(e)s encore, et d'une distillation de peurs diverses, ayant pour seul but de leur faire éviter les péchés, dont plusieurs sont prétendus mortels.
Finalement, je me demande si la principale injustice subie au cours de mon existence ne serait pas celle d'être né avant la disparition inévitable de toutes ces religions, responsables aujourd'hui encore de plus d 95 % de toutes les guerres ayant réduit le monde à ce qu'il est devenu en cet effarant début de 21ème siècle…
Alea jacta es, ite missa est !

3 décembre 2024 _________________________________________________

Le sablier

Il est tard. Le temps se gâte. Il faut rentrer au port. Mais je peine encore à distinguer le phare. La brise soulève l'écume des vagues, poussées loin de l'estran désert. Autant que dans mon cœur, baisse la marée. Mes yeux repus se sont trop abreuvés de soleil. Ils n'en peuvent plus ! L'au-delà m'est inconnu. Contrées illusoires où, brune ingénue, tu ne promènes plus ta silhouette imprimée dans ma mémoire. Aux sables mouvants, aux bords tourmentés et sombres du temps, bientôt je vais me confronter. Rejeté par la mer, la terre va m'engloutir. A moins que le crépuscule ne me laisse mort, réduit en cendres par un brasier dans lequel, tous les soirs, même l'astre céleste disparaît, tel une toupie aspirée par la course effrénée du temps. Que me reste-t-il à vivre ? Du monde que j'aimais j'ai presque tout vu, en lui presque tout vécu. Ce qu'il est devenu ne me touche plus. J'en garderai le souvenir flétri, dans un coin de cerveau qui ne l'est pas moins, de toi qui semblais me tendre la main.

 

C'était il y a plus de vingt ans, en novembre. Au premier de ces quatre mois que je hais depuis toujours. Il fallait que tu sois là. Pour atténuer ma peine, pour surseoir à ce petit trépas qui, sournois, revenait à chaque milieu d'automne. Ça n'a pas changé. Sosie troublant de la cinématographique "Trinity" (Carrie-Anne Moss), tes cheveux noirs virevoltaient dans le vent frais du soir. Tes yeux, hésitant entre pers et marron, se sont soudés au bleu des miens. Certain de ne pas être visé, je me suis retourné : derrière moi, il n'y avait personne. Alors j'ai plongé, me suis noyé, basculant à corps perdu dans une autre vie. Celle d'un Amour. Mais ce fut bien court. Cueilli en septembre, le fruit de la passion se dégustait en octobre, puis en novembre. En décembre tu dormais dans ma chambre. Et puis, deux mois de plus et tu t'en allais. Comme tu étais venue. Mais pour toujours ! En février, dans le froid, sous la neige, alors que, cœur aux abois, j'avais le plus besoin de toi. Au carrefour de mes rendez-vous manqués, tu t'engageais sur le plus large des boulevards. C'était la 5ème Avenue, les Champs-Elysées !

​

D'autres sont venues. Aucune n'est restée. Aujourd’hui le feu ne brûle plus, faute d'être alimenté. Et sous les cendres qu’il a laissées, plus rien ne pousse. Dans le fond de mon cœur résigné, les terres fertiles ont fait place à la brousse. Des champs calcinés, chante le poète, souvent renaît le blé. Vois-tu, cher Jacques, les miens sont morts, bien avant d'avoir passé l’âge d’y croire encore. Depuis quelques temps, le cœur en berne et l'âme à la dérive, je rêve de reprendre l'air, de traverser deux océans pour, à bord d'un navire ailé, retrouver cette terre que tu avais tant aimée, mais qui t'a englouti. Pour te voir une troisième fois. Après neuf années, et trente-trois de plus encore. Pour te confirmer que d’un amour perdu, il ne faut rien attendre. Et pour que tu m'entendes, face aux vagues en furie du Pacifique, crier mon désespoir, insulter Dieu, et lancer des pierres au ciel. Comme tu l'as fait après "ton dernier repas". Beaucoup de tes vaines espérances, l'ami, ont toutes été les miennes ! Et si je semble encore en vie, c’est que la mort en a revêtu l’habit. On se souvient bien plus longtemps de ses amours, que le temps qu'il faut pour les oublier. Passe le temps, défilent les années, il sera bientôt l’heure de retourner, une dernière fois, ce maudit sablier…

​

Il y a bien longtemps,

Avec le temps qui passe,

Que le fardeau des ans

Pèse sur ma carcasse.

 

Il y a très longtemps

Que mes fleurs sont fanées.

Faux espoirs de printemps,

Illusoires et damnés

 

Il y a trop longtemps

Que le bonheur a fui,

Que ces trop courts instants

De joie se sont enfuis.

​

Il y a cinquante ans,

Toute une éternité,

Que sont morts mes vingt ans,

Et ce que j’ai été.

​

Il y a si longtemps

Que tu t'en es allée,

Celia, bien trop de temps

Sans pouvoir t’oublier.

13 octobre 2024 ______________________________________________________

CAM6.jpg

Que passe le temps…

 

Il y a bien longtemps,

Avec le temps qui passe,

Que le fardeau des ans

Pèse sur ma carcasse.

 

Il y a très longtemps

Que mes fleurs sont fanées.

Faux espoirs de printemps,

Illusoires et damnés

 

Il y a trop longtemps

Que le bonheur a fui,

Que ces trop courts instants

De joie se sont enfuis.

 

Il y a si longtemps

Que tu t'en es allée,

Celia, bien trop de temps

Sans pouvoir t’oublier.

 

Il y a cinquante ans,

Toute une éternité,

Que sont morts mes vingt ans,

Et ce que j’ai été.

MARISA

Souvenirs de quelques années d'école. Le premier émoi causé par le regard d'une fille posé sur moi. Elle s'appelait Marisa, elle était belle, douce et gentille. Camarade de classe, elle est la seule personne à avoir suscité en moi le plaisir de fréquenter l'école. Je ne l'ai jamais oubliée, je ne l'oublierai jamais ! Je lui dédie ce petit clip, qu'elle mérite mille fois. Merci Marisa d'avoir été là...

16 avril 2024 _____________________________________________________________

Valentin un jour, Valentin toujours...

Août 1971. J'ai 17 ans et je passe une dizaine jours chez des amis de mes parents, un couple ayant cinq enfants, trois filles et deux garçons. Si je suis en vacances dans ce village jurassien, situé à la frontière avec la France, c'est parce que, un mois et demi plus tôt, lors d'un piquenique commun à nos deux familles, j'ai noué une relation intime avec la deuxième fille de la famille, Martine qui a 19 ans. Je suis donc extrêmement heureux de la retrouver. Mais, après quelques jours, je remarque un certain fléchissement de sa part quant à sa disponibilité dans notre relation. Je ne comprends pas pourquoi, et lui pose la question. Réponse très vague et peu convaincante de sa part. Un jour, je ne me souviens plus pour quelle raison, j'entends son père la surnommer, "bourreau des cœurs". J'accuse le coup, et m'interroge sur l'échéance de notre histoire, si brève, craignant qu'elle ne se termine en eau de boudin.

Quelques jours avant de rentrer chez moi, alors que les choses ne s'arrangent pas, en compagnie de sa sœur aînée je me rends chez un groupe d'ami(e)s des deux filles, afin de participer à ce qu'on appelle à l'époque, une surprise-party (soirée dansante). Martine nous y rejoindra plus tard. Fabienne et moi marchons côte à côte. Nous n'avons pas beaucoup parlé depuis mon arrivée, et je me sens un peu emprunté quant à lui faire la conversation. Elle sent bon et (vraiment sans la moindre arrière-pensée), je le lui fais remarquer. Sans me regarder, elle sourit. Fine et élancée, elle est physiquement très différente de sa sœur, plus petite et aux attributs féminins nettement plus développés (critères sans importance à mes yeux). Il n'est pas tard, mais la nuit est tombée (l'heure d'été n'est pas encore en vigueur). Il fait chaud, le ciel est constellé d'étoiles, et je me sens plutôt bien en sa compagnie. La rue est déserte et, de loin en loin, faiblement éclairée par les réverbères surplombant notre cheminement. Peu pressés dans notre progression, nous parvenons à la hauteur de deux maisons, construites très proches l'une de l'autre. Soudain, Fabienne s'arrête, me regarde en silence, le temps de deux secondes, puis attrape ma main et m'entraîne avec force dans la sombre ruelle séparant les deux bâtisses. Là, avec une vigueur insoupçonnée et insoupçonnable, elle se jette dans mes bras et m'embrasse passionnément. Totalement surpris, je subis l'assaut. Mais, assez rapidement, je la rejoins dans son étreinte passionnée et ses enivrants baisers. Cela n'a pas duré, me semble-t-il, plus de deux minutes. Mais quel souvenir merveilleux j'en garde ! La détermination de cette fille de 20 ans, sa douceur et son parfum aux fragrances envoûtantes m'ont totalement subjugué.

Comme je vivais dans une famille, au sens large du terme, dominée par des hommes (père, grand-père, oncles) majoritairement machos, et avec des femmes obéissantes et soumises, l'initiative de Fabienne m'a proprement époustouflé. Ouvert à la beauté et à la douceur féminine depuis quatre ou cinq ans, j'ai vu en elle le prototype idéal d'une fille vivant et comblant ses envies comme elle l'entendait. Et j'ai adoré ça ! Elle était fiancée à un homme bien plus âgé, qui vivait en France, à plus de 100 kilomètres de chez elle ; les week-ends étaient leurs seuls moments de rencontre, et ils avaient prévu de se marier deux mois plus tard. Cette parenthèse de tendresse lui était nécessaire, elle l'a comblée et j'en ai été l'heureux bénéficiaire. Mes derniers jours chez elle furent remplis de moments similaires, et je me préparai à la quitter soumis à un gros pincement de cœur, contrairement à Martine qui ne s'était rendue compte de rien, sans doute pensant à un autre que moi (je l'ai su plus tard). Fabienne m'avoua alors ne pas avoir la moindre envie de se marier, mais qu'elle allait quand-même le faire, part dépit, et sans vouloir m'en dire davantage. Nous nous quittâmes donc, non sans nous être isolés afin de vivre nos dernières douces et mémorables effusions. Après cela, je ne l'ai plus jamais revue, jusqu'au décès de son papa, en 2017 je crois. Cinquante-trois ans après ces tendres moments, elle demeure dans ma mémoire la femme m'ayant embrassé comme nulle autre n'a jamais réussi à le faire. Sans doute est-ce depuis ce temps-là que mes rêves nocturnes, souvent peuplés de femmes, me portent vers l'une d'entre-elles, qui me sourit et qui prend l'initiative d'un moment de tendresse entre elle et moi. J'adore ça, et je ressens une immense fierté de constater que le macho qui, parait-il, est présent dans chaque homme, sommeille en moi depuis tant et tant d'années. Et croyez-moi, je n'ai jamais éprouvé le moindre besoin ni la plus minuscule envie de le réveiller…

En ce jour où un certain Valentin nous invite à célébrer celle ou celui que l'on aime d'amour, je ne me joindrai pas à la masse qui se plie à cette coutume ringarde. Parce que mon amour des femmes, je le célèbre et le vis chaque jour de ma vie, et ceci depuis mon adolescence, que ce soit en réalité ou virtuellement (cinéma). Les femmes ont énormément compté dans mon existence, qu'elle soit privée ou professionnelle. Dans la seconde, toujours plus ou moins présentes, ce sont elles qui m'ont apporté mes plus belles satisfactions. Et finalement, si j'en suis là aujourd'hui, c'est sans aucun doute parce que j'ai eu très largement le temps de me rendre compte que la femme est infiniment plus intéressante que son contraire.

14 février 2024 _______________________________________________

Eté 63...

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Soixante ans déjà,

Et la douleur est toujours là.

Elle ne faiblit pas !

Souvenir présent,

Indélébile au fil des ans.

Amer et pesant.

 

Cureton tout-puissant,

Virant obscène en abusant

D'un gosse de neuf ans.

Tenter de fuir ça,

Fut un dur et très long combat,

Mais sans résultat.

 

L'abuseur est mort,

Sans doute sans le moindre remord ;

Moi, je vis encore.

Dans mon corps usé,

Bat un cœur jamais apaisé,

Epuisé, brisé.

 

Résigné j'attends

Que se présente enfin l'instant

D'oublier ce temps,

De fuir pour toujours

Ce souvenir beaucoup trop lourd

D'un si triste jour.

15 août 2023 _________________________________________________________

Où vais-je, où cours-je, dans quel état j'erre ?

​Tempétueux, le vent du soir s'engouffre dans mon appartement surchauffé. La météo est à l'orage. Mais il ne tombera pas la moindre goutte. En face de mon clavier, de l'écran de mon ordi, d'une photo de mes filles et de deux posters de vieilles voitures, je cherche l'inspiration. J'ai tant écrit, au fil de ma vie, que je sais pertinemment qu'il me faudra du temps pour trouver le point de départ de ce que vous êtes en train de lire. Devant ma fenêtre, les rideaux sont à l'horizontale. Presque noire, la nuit s'avance à ma rencontre. Propice à m'interroger. Car le bilan est fait, les constatations sont établies : ma vie, après 25'290 levers de soleil, est au point mort. Pourtant je vis encore...

Mais pour qui, mais pourquoi ? Cet effarant début de 21ème siècle m'a vu dans un perpétuel questionnement. Les augures s'avèrent tout sauf rassurants. A mon éco-anxiété désormais bien établie, s'est ajoutée la peur de cette guerre en Europe, dont personne ne peut prévoir comment elle va se terminer. Et puis ce fléau que va bientôt représenter l'Intelligence Artificielle qui, dans certains domaines, va semer le doute, la méfiance, la panique partout dans le monde. Ces trois prochains quarts de siècle verront les migrations déferler sur l'Europe, ce continent colonisateur qui n'a rien fait (et que ne fait toujours rien) pour aider celles et ceux qui crèvent de faim dans les pays, principalement africains, victimes de leurs misérables conquêtes.

Mon grand-père Joseph, que j'ai aimé bien plus que celui de ses fils qui m'a donné le jour, est mort à l'âge de 65 ans. J'ai aujourd'hui quatre ans de plus que lui. J'ai vécu quelques grandes et belles satisfactions tout au long de ma vie. Mes plus grandes déceptions se résument toutes dans ma relation avec celles qui ont partagé mes histoires d'amour. Elles sont au nombre de cinq et, au total, représentent quinze années de ma vie. D'elles, je n'ai pas retenu grand-chose, si ce n'est deux filles qui demeurent toujours mes plus belles (co)réussites. Les regrets concernant les autres, et spécialement deux d'entre-elles, ont duré bien plus longtemps que le temps passé à leur côté.

Prendre une femme dans mes bras est un rêve qui m'a bercé dès le début de mon adolescence. Concrétisé à de nombreuses reprises, mais aujourd'hui envolé.  Et ça ne me manque pas. Sauf parfois le soir, dans mon lit, au moment de m'endormir. Ma solitude est devenue une habitude, et mes rêves de conquête, jadis tous axés sur la gent féminine, ont fondu comme neige au soleil. Mes seuls réels moments de bonheur sont ceux que je vis auprès de mes enfants, quelques heures (toujours trop courtes) par mois. Sans oublier les quelques balades que j'effectue parfois (trop rarement) en compagnie de ma petite-fille adorée.

 

Il y a deux décennies, au sein d'un service aéronautique au sein duquel je travaillais, nous étions trois à nous prénommer Christian. Cet alors que j'ai demandé à mes collèges de m'appeler Curtis. Une opportunité très bien tombée, puisque depuis mon adolescence j'ai toujours détesté ce prénom, synonyme de Chrétien en anglais. Le christianisme, et plus précisément le catholicisme, fut responsable du plus grand traumatisme subi au cours de mon enfance. Plus encore que la violence de mon géniteur, et la douloureuse complicité de sa femme. 

Si la photographie demeure ma plus grande passion, le cinéma a longtemps été son égal. Mais lorsque je vois vers quoi il évolue, je crains de ne plus ardemment fréquenter les salles très longtemps. La grève quasi générale, mise en place à Hollywood il y a quelques jours, est un avant-goût de ce que sera sa très proche déchéance : la disparition des acteurs et actrices est inéluctable. La faute, une de plus, à cette IA imbécile, programmée pour créer, dans ce domaine, du faux avec du vrai, au point que toute différence entre les deux deviendra très vite indétectable. Alors, payer 15-20 balles pour aller voir des actrices de synthèse digitale sur grand écran, merci, très peu pour moi. A la limite, les acteurs je m'en fous, mais pas toi, Jessica Chastain, pas toi Nina Hoss, ni toi Noémie Merlant.

Depuis 22 ans, j'ai passé trop de temps à attendre des jours meilleurs. Ils ne viendront pas, ils ne viendront plus. Mon destin demeure planté devant un feu rouge, à un carrefour sans la moindre visibilité tout autour. Et l'ampoule derrière le verre vert est cramée. Alors, que faire ? Passer quand-même ou effectuer un 180 degrés ? La seconde solution est impossible, car nul ne peut hélas retourner dans son passé. Quant à la première, je peux la tenter. Mais où m'emmènera-t-elle ? Pas très loin, peut-être sous ce potentiel poids-lourd de 40 tonnes, surgissant forcément de ma droite (parce que j'ai toujours été de gauche), à toute allure et qui me réduira en chair à saucisse avant même que j'aie le temps de dire merde ! Donc, "wait and see ? Ça n'est pas, mais alors pas du tout, dans mon tempérament de bélier impatient (pléonasme !) Donc, il faut bien que j'évoque cette troisième solution, celle que je tais, celle que je cache depuis quelque temps déjà, celle de l'ultime recours : ouvrir la boîte à gant de ma caisse, y puiser ce tube de comprimés retiré en pharmacie il y a une vingtaine de minutes, l'ouvrir et ingurgiter les 60 comprimés qu'elle contient. Ça devrait largement suffire. Ah, mais merde alors ! La bouteille d'eau que j'ai toujours à bord est vide ! Et pis, de toute façon, chui bien trop trouillard pour accomplir ce geste, pourtant commode, décisif et définitivement libérateur…

 

So what ? J'ai trop de respect et de compassion pour celles et ceux qui, sous la forme d'une maladie très grave, souffrent atrocement, pour souhaiter qu'une d'entre-elles s'attaque à ma vieille carcasse. Non, que le diable m'en préserve ! Au-dessus de mon lit, un petit cadre y a sa place depuis 22 ans, et ceci dans tous les appartements que j'ai habités, dès la séparation d'avec mes filles. Chaque soir, avant de m'endormir, en croisant les doigts je leur parle, leur souhaite la réussite, la joie, le courage, le bonheur, et que la vie les comble et prenne bien soin d'elles. Ainsi, au cours de la nuit, s'il prenait l'envie à mon cœur fatigué de poser les plaques, elles auront été, dans leur cadre, ma dernière vision concrète et réconfortante…

19 juillet 2023 ___________________________________________________

L'intolérance, nonante ans après.

Le 30 janvier 1933, dans une Europe en pleine crise, Adolf Hitler s'emparait du pouvoir en Allemagne. Pour un voyage dans l'horreur de douze longues années ayant entraîné la mort de 60'000'000 d'enfants, de femmes et d'hommes. Son règne fut celui de la barbarie, de l'intolérance et du racisme.

Où en sommes-nous aujourd'hui, qu'avons-nous appris et surtout retenu de ces misérables valeurs ayant mené à l'un des plus grands désastres dans l'histoire de l'humanité ? Peu de choses, à mon avis. La crise est là, générale, la guerre sévit en Europe, le climat est favorable à la haine de l'autre, à la propagation du "chacun pour soi, et moi le premier"...

L'humain a la mémoire courte. Il ne retient rien de son passé. Ses erreurs, il les répète inlassablement. Egoïste dans son bonheur, il trouve normal que le monde entier partage son malheur. Les guerres mondiales ne sont certainement pas finies. Il y  en faudra d'autres pour que cette incorrigible créature fasse un pas dans la compréhension, plusieurs dans l'humilité, des centaines dans l'altruisme, et des milliers dans la tolérance...

30 janvier 2023 __________________________________________________

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