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Bourvil, l'humain dans toute sa sincérité
Cinquante-cinq ans déjà ! De ce jour-là, de ce maudit mercredi 23 septembre 1970 je me souviens comme si c'était hier. J'étais au travail, et la radio installée dans mon bon vieux Mercedes avait annoncé la triste nouvelle. Pour moi c'est un monde qui s'effondrait. Un monde de rires mais aussi de tendresse et d'émotion. Car si tu savais faire rire André, tu parvenais aussi à nous tirer des larmes. J'avais seize ans et, émergeant de la triste grisaille de l'enfance, mes distractions c'est le samedi que j'en profitais. Dans les cinémas de la ville, là où étaient en principe joués les grands films populaires. En ce temps-là, toi et ton compère de Funès aviez mes faveurs. Toi surtout. J'adorais tes films et les situations cocasses dans lesquelles tu excellais. Mais je ressentais aussi l'émotion que diffusaient d'autres séquences où là, l'immense acteur donnait une véritable dimension à toute l'étendue de son talent. Dans ce registre, l'une des plus magnifiques scènes que tu aises jamais jouées se situe dans "le Corniaud". Lorsque, dans le restaurant romain où tu as invité la jeune manucure de son hôtel, tu te rends soudain compte que celle-ci s'est jouée de toi, et n'a accepté ton invitation que pour rendre jaloux son fiancé. Ce moment-là, cet instant précis où, debout devant la table, assiette et fourchette en main et désirant terminer ton repas, tu prends conscience qu'on s'est moqué de toi, c'est un monument dont on devrait se servir comme exemple dans tout cours de comédie digne de ce nom. 55 ans ! Plus de cinq décennies que l'eau coule sous le pont, sans que le sang ne passe plus dans tes veines. Ta disparition n'a pas empêché le monde de tourner, mais elle me l'a fait voir d'une autre façon. En relisant dernièrement l'une de tes biographies, j'ai été très ému par une déclaration dans laquelle tu disais combien tu aimerais devenir vieux, avoir quatre-vingts ans et profiter de ta retraite, entouré de ta famille, de tes enfants et de tes petits enfants. De ces quatre-vingts ans, tu n'auras vécu que les deux tiers. Il s'en est fallu de 27 années pour que tu les atteignes. Une paille ! Une broutille ! Une injustice ! Une de plus d'un destin aveugle, inique et partial.

 

En mai 2006, pour la première fois de ma vie, je suis parti visiter la Normandie. Pour voir Honfleur, Le Havre et l'estuaire de la Seine, les plages du débarquement, pour visiter Etretat et les ports de la Seine-Maritime, pour admirer la mer et m'imprégner du cri des goélands. Mais aussi et surtout, André, pour rendre visite à ton beau Pays de Caux. Alors j'ai vu Prétôt-Vicquemare, Fontaine-le-Dun et Bourville. J'ai vu la petite école sur les bancs de laquelle tu usais tes fonds de culotte. En face d'elle, j'ai osé entrer dans l'impressionnante église aux splendides vitraux, devant laquelle, dans le petit cimetière, reposent les Raimbourg et les Ménard, ceux qui furent ta famille et que tu aimais. Dans cette très verte campagne normande parsemée d'immenses champs cultivés, là où tes racines demeurent ancrées pour toujours, là où l'on prétend qu'il ne cesse de pleuvoir, le soleil m'a fait l'honneur de sa présence et le séjour s'est déroulé comme dans un rêve. J'ai vu Tonneville, le petit hameau voisin de Bourville. C'est là que tu as passé ton enfance. Et j'ai vu ta maison. Une bâtisse très sobre faite de briques rouges et entourée de verdure, d'arbres et de prés sur lesquels il m'a semblé te voir jouer, courir et t'entendre crier. Je suis resté là longtemps, ne pouvant plus me détacher de cet endroit. Sur le fil de la clôture, une bergeronnette printanière est venue se poser. Tout près de moi et chantant de toute la puissance de sa voix mélodieuse, parée de son soyeux plumage jaune, tranquille sur son fil, confiante malgré ma présence toute proche. Et je me suis dit que cet endroit avait quelque chose de magique, que cet oiseau, d'habitude si farouche, était peut-être une réincarnation de toi, André. Toi qui étais venu me dire que tu te sentais touché par ma visite ; toi qui avais peut-être senti à quel point tu as compté dans mon existence et combien un homme comme toi, honnête, sincère, droit, fidèle et jamais corrompu par le star-système, a pu me faire rêver dans l'accomplissement d'une vie. Je crois bien que jamais je ne suis resté si longtemps immobile en ayant les yeux ouverts. Dans mon esprit, défilaient des images ; un film, le film de ton enfance, des jeux qui furent les tiens et qui, même si ce fut trente-sept ans avant moi, ne devaient pas être très différents des miens. Je suis venu ici pour toi, André. Et j'ai senti ta présence. Et je me suis senti bien...

 

Rentrant de ce voyage, par un premier jour de juin radieux, j'effectuais un petit détour pour m'arrêter dans ton dernier village, au nom sonnant comme dans ce beau Pays de Caux que je venais de quitter. Comme Bourville, on pourrait croire que Montainville se trouve en Normandie. Eh bien non ! Ce n'est pas bien loin de Paris et c'est là que tu reposes, aux côtés de Jeanne, le seul, l'unique amour de ta vie. Celle que tu as aimée, celle que tu as su rendre pleinement heureuse, malgré les vicissitudes de la vie d'artiste que tu menais. Avant de pénétrer dans ton petit cimetière, je suis allé, dans le champ voisin, cueillir un petit bouquet de coquelicots et je te l'ai apporté, fébrile et tremblant quelque peu. J'ai mis un peu de temps à trouver ta sépulture, mais lorsqu'elle s'est offerte à mon regard, j'ai senti comme une onde de chaleur, mêlée d'émotion et de soulagement : il y a tellement longtemps que j'attendais ce moment-là ! Au front de ta dernière demeure et avec précaution, j'ai déposé ces quelques pavots rouges, emblèmes colorés de ces terres rurales que tu chérissais. J'ai pensé que tu apprécierais ces quelques fleurs car elles sont fidèles à ton image, du moins à celle que je garde de toi : belles, fragiles, attachantes, aux couleurs intenses mais à la durée de vie tellement dérisoire une fois cueillies, Et je suis resté là. Pendant de longues minutes. Immobile. Regard accroché à cette pierre tombale toute simple et pensées oscillant entre injustice de mourir si jeune et fragments de films, entre ton image souriante, réconfortante et ce qu'il doit rester de toi sous cet amas de terre. Et j'ai eu très mal. Car jamais autant qu'à ce moment-là, je n'ai mesuré à quel point, et comme personne d'autre, tu as contribué à égayer mon adolescence Au loin, par-delà le mur du cimetière, entre les branches des arbres, penchée à sa fenêtre, une très vieille dame n'a cessé de m'observer. Qu'a-t-elle bien pu penser de moi lorsqu'elle m'a vu tenter d'essuyer furtivement mes yeux devenus humides ? T'a-t-elle connu jadis ? A-t-elle été la voisine que tu saluais le matin en allant chercher ton pain ? J'aurais aimé qu'il en soit ainsi. J'aurais aimé qu'elle vienne me parler de toi. Me conter le bonheur qui était le sien et celui de ce petit village dont tu partageais encore simplement la vie à la fin des années soixante...

 

Depuis que tu es parti, André, depuis ce triste jour d'automne, je n'entre plus dans une salle obscure sans avoir une petite pensée pour toi. Une pensée qui me ramène toujours vers Neuchâtel et ce cinéma "Palace" qui, malheureusement, n'existe plus. Une salle obscure dans laquelle tu donnais à mes années d'alors quelques tons chauds, drôles et émouvants, quelques parcelles d'un bonheur rare que je retrouve à chaque fois que les lumières s'éteignent et que l'écran se pare de lumière. J'aurais tellement aimé, André, avoir un père qui te ressemble…

André Robert RAIMBOURG, 27 juillet 1917 - 23 septembre 1970
29 mars 2025 ________________________________________________

"Je ne suis pas là pour être aimé", de Stéphane Brizé
Jean-Claude Delsart (Patrick Chesnais) est huissier de justice. La cinquantaine, divorcé, peu expansif, il promène sa haute silhouette en donnant l'impression de porter sur lui toute la douleur du monde. Vivant seul, son unique occupation du weekend consiste à rendre visite à son père (Georges Wilson) vivant en maison de retraite. Les deux hommes passent le temps en jouant au Monopoly. Subissant sans broncher l'humeur acariâtre du vieil homme, ces visites sont pour lui de plus en plus difficile à supporter. Jean-Yves (Cyril Couton), son propre fils, travaille depuis peu avec lui dans le cabinet. Leur contact est malaisé, ils se parlent très peu, et le jeune homme déteste ce travail. Ayant de plus en plus de peine à monter, à pied, les escaliers des immeubles dans lesquels il se rend, Jean-Claude voit son médecin lui conseiller de faire un peu de sport. L'huissier lui confie avoir beaucoup pratiqué le tennis (avec succès) dans ses jeunes années. Mais le praticien lui conseille une activité tout de même moins physique. Les fenêtre de ses bureaux donnant sur une salle dans laquelle est enseigné le tango, il s'inscrit aux cours. Là, il rencontre Françoise (Anne Consigny), une femme vingt ans plus jeune que lui. C'est elle qui engage la conversation, lui affirmant qu'ils se connaissent. Lui tombe des nues. Elle lui rappelle alors que dans sa tendre enfance, elle fréquentait sa famille, sa mère lui servant régulièrement de baby-sitter. Jean-Claude se souvient alors d'elle, que tout le monde dans la famille appelait Fanfan. Alors, dansant ensemble et malgré la différence d'âge, et le mariage prochain de Françoise (ce que son cavalier ignore), ils sont irrésistiblement attirés l'un vers l'autre. Mais un jour, la vérité va brutalement lui être révélée, par un danseur jaloux ayant des vues sur la jeune femme. 
Ce film, datant exactement de 20 ans, je l'ai vu à sa sortie en salle, en 2005 donc. Grand admirateur de Patrick Chesnais et d'Anne Consigny, et tourné par celui qui aujourd'hui figure parmi mes metteurs en scène préférés, j'ai adoré cette histoire. Revu sur DVD au moins trois fois, je l'ai visionné une nouvelle fois hier soir. Contrairement aux interprètes, il n'a pas pris une ride. Chesnais est au sommet de son art, Anne Consigny aussi. Dans ce scénario original, mettant en exergue un métier que beaucoup de monde déteste (huissier de justice), personne d'autre que l'acteur parisien n'aurait pu exercer son art avec autant de talent (sauf peut-être Jean-Pierre Bacri). Quant à Anne Consigny, tenant ici son premier grand rôle féminin, elle est époustouflante de douceur, de sobriété, de douceur et d'un talent, à crever les yeux, enfin récompensé. Les deux têtes d'affiche de ce long-métrage ont d'ailleurs été nommés aux César 2006, mais hélas sans succès. Et puis, au cœur de l'intrigue figure un personnage qui m'a vraiment interpellé, le père de Jean-Claude, dans lequel j'ai reconnu le mien : égoïste, colérique, intolérant, de mauvaise, très mauvaise foi ; la seule différence entre eux, c'est que le mien, à cet âge-là et victime d'Alzheimer, ne reconnaissait plus un seul des membres de sa famille. Après avoir appris que Fanfan allait se marier, mettant ainsi fin à leur romance naissante, au cours d'une dernière visite à son paternel, Jean-Claude va sombrer dans une noire colère, lui assénant ses quatre vérités et finissant par le traiter de vieux con ! Une attitude que je n'ai jamais tenue vis-à-vis du mien, même si je n'en pensais pas moins. Le film, heureusement, se termine sur une note plutôt optimiste...

"Je ne suis pas là pour être aimé" fait partie de mes dix films français préférés. Un rang que tiennent également Anne Consigny et Patrick Chesnais.

Note : 19/20
21 mars 2025 ____________________________________________________

Le film du jour : A Complete Unknown (Un parfait inconnu), de James Mangold

New York, 1961. Âgé de 20 ans, Robert Zimmerman, plus connu sous le nom de Bob Dylan, débarque à New York afin de rencontrer Woody Guthrie, qu'il croit être hospitalisé dans la ville. En fait l'auteur, compositeur et interprète folk, superstar aux Etats-Unis, est hébergé dans un hôpital du New Jersey, de l'autre côté de l'Hudson River. Encore inconnu, le jeune gars rêve d'une carrière musicale identique à celle de son idole. Ses premiers pas allant dans ce sens se font à Greenwich Village, haut-lieu de la scène folk newyorkaise avec d'autres artistes comme notamment Pete Seeger et Joan Baez. Extrêmement doué, Dylan se produit de plus en plus en concert dans les clubs du centre-ville, devenant assez rapidement un artiste très recherché. À une époque dans laquelle se succèdent l'affaire des missiles nucléaires russes installés sur l'île de Cuba, puis l'assassinat de John Kennedy, alors sous contrat chez CBS, l'artiste devient un véritable phénomène culturel. Mais en électrifiant ses instruments de musique, et s'éloignant ainsi du genre Folk, dans la seconde partie des années 1960, il va dérouter beaucoup de ses fans dans la communauté musicale qui en avait fait l'un de ses incontournables talents folk du début des sixties. L'histoire se termine après la participation de l'artiste au Festival Folk de Newport, en 1965.
Auteur, il y a (déjà) 20 ans du fabuleux "Walk the Line", biographie de Johnny Cash, James Mangold récidive avec ce très beau film, nommé huit fois aux Oscars cette année. Hélas aucunement récompensé, Timothée Chalamet (Bob Dylan), Monica Barbaro (Joan Baez) auraient peut-être mérité de l'être. Tout comme le film et son réalisateur. Quant à Elle Fanning (Sylvie, la maîtresse occasionnelle du héros) et Edward Norton (Pete Seeger, autre star folk de l'époque) auraient mérité au moins une nomination. Même si je ne suis pas un fan absolu de toute la musique de Dylan, ses premiers succès (Blowing in the Wind, Mr. Tambourine Man, par exemple) m'ont marqué et je les écoute toujours avec grand plaisir. Et puis, dans le film, James Mangold rend un hommage appuyé à Woody Guthrie, pour moi le plus grand artiste folk de tous les temps (et infatigable défenseur des pauvres se tuant au travail pour des clopinettes, par exemple dans les orangeraies de Californie), décédé de la maladie de Huntington à New York le 3 octobre 1967, à l'âge de 55 ans.
Note : 17/20

15 mars 2025 ____________________________________________________

Le film du jour : Conclave, d'Edward Berger
Rome, de nos jours. Le pape vient d'avaler son certificat de naissance, apparemment en raison d'une crise cardiaque. Le cardinal Lawrence (Ralph Fiennes) est chargé d'organiser le conclave, destiné à élire un successeur au défunt. Au nombre de 108, et venant des quatre points cardinaux de la planète (c'est le cas de le dire), les cardinaux arrivent à Rome. Réunis et enfermés dans la chapelle Sixtine, ils procèdent au scrutin. Après trois jours et cinq tours, le vainqueur est désigné. Il est mexicain, relativement jeune et exerce son sacerdoce à Kaboul, capitale de ce "merveilleux" pays qu'est l'Afghanistan, ce qui n'est pas banal.
Voilà un long-métrage qui m'a fait hésiter plusieurs semaines à aller le voir. Athée absolu, les magouilles d'un clergé le plus haut placé dans la hiérarchie catho ne représentaient pas ma tasse thé, mais plutôt un seau à vomi. Et puis, ayant un peu lu (ce que je ne fais que rarement) sur les commentaires trouvés sur le web, je me suis jeté dans la fosse aux coyotes (pardon, dans la salle obscure). Je n'ai pas été déçu ! Car l'histoire est passionnante de bout en bout, avec intrigues, combines, magouilles et manigances diverses et variées. Celles et ceux qui croient que tout est rose et pur dans ce milieu prétendu sacrosaint sont de doux rêveurs/douces rêveuses. Si l'histoire est romanesque, pour avoir beaucoup lu sur cette mafia à soutanes et calottes pourpres, je n'ai pas été du tout surpris par le déroulement parfois abject de cette parodie de saint-événement. Et, finalement, la révélation totalement inattendue constituant l'épilogue, a été un moment d'immense joie, de jubilation même, pour ce qui me concerne : un événement qui à lui tout seul a représenté un grand coup de balai sur ce machin poussiéreux (catholicisme) plus proche d'une secte que d'une religion.
La mise en scène, orchestrée par Edward Berger, un cinéaste allemand que je ne connaissais pas, est sobre et bien adaptée au sujet. Les acteurs Ralph Fiennes, Stanley Tucci ou encore John Lihtgow sont parfaits dans leurs rôles, les décors et la lumière magnifiques. Huit nominations aux prochains Oscar en sont sans doute la conséquence...

Note : 18/20

28 janvier 2025 __________________________________________________

Camille Cottin

Découverte sur Canal+ il y a un peu plus de 10 ans, grâce à ses vidéos en caméra cachée, la "Connasse" (titre de l'émission) a fait son chemin. Héroïne de la seule série télévisée que j'ai suivie et aimée ("Dix pour cent" sur France 2), cette comédienne  extraordinaire a fait son chemin, a creusé son sillon dans le monde le l'art dramatique. Au point qu'aujourd'hui, avec Noémie Merlant et Géraldine Pailhas, elle fait partie de mes trois actrices françaises préférées. Parfaitement bilingue, Hollywood l'a déjà remarquée, et je pense qu'elle deviendra l'une des grandes dames du 7ème art au cours de ces prochaines années. Heureux 46ème Anniversaire Madame !

1er décembre 2024 _______________________________________________

Bobby (Kennedy), film tourné en 2006

Le 4 juin 1968, quelques minutes après avoir annoncé sa victoire dans les élections primaires de Californie, Robert Kennedy est abattu dans les cuisines de l'hôtel Ambassador de Los Angeles, par lesquelles il tentait de gagner la sortie du palace. Très grièvement blessé à la tête, Bobby meurt dans la nuit du 5 au 6 juin. Celui qui avait donc quasiment gagné l'investiture démocrate pour les élections présidentielles de novembre, subissait le même sort que son frère John, assassiné le 22 novembre 1963. Pour le peuple américain, et pour les démocrates plus particulièrement, ce fut une perte des plus traumatisantes...

Se servant de cette tragédie et de son décor finalement macabre, Emilio Estevez dresse le portrait de vingt-deux personnes qui, toutes, étaient présentes dans l'hôtel au cours de cette tragique soirée. 22 destins mêlés, de près ou de loin, à ce qui aurait dû constituer un événement mémorable et joyeux. Tel ne fut pas le cas pour ce qui est de la joie. Parmi tous ces personnages, couples, collègues de travail, sympathisants démocrates, aucun n'est inutile à l'histoire imaginée par Emilio Estevez, metteur en scène et scénariste. Leur importance, au départ pas évidente pour tous, éclate au moment du dénouement. Et c'est là que le film devient exceptionnel...

Anthony Hopkins, Martin Sheen, Helen Hunt, Sharon Stone, Demi Moore (dont je ne suis pas fan mais qui s'avère exceptionnelle en femme alcoolique), Shia LaBeouf, Lindsay Lohan, Heather Graham, William H. Macy, Laurence Fishburne, eux et tous les autres se sont unis pour donner à cette magnifique histoire, la crédibilité sans laquelle aucun film ne peut obtenir un véritable succès. Et là, ça devient vraiment du grand art ! Pour son quatrième long métrage, Emilio Estevez (qui joue également dans le film) réalise un petit chef-d'oeuvre. Magnifiquement filmé, avec des comédien(ne)s tous unis dans l'excellence, et sur un sujet qui a traumatisé jadis bien plus que le seul peuple américain...

​Ce 4 juin 1968, je m'en souviens parfaitement. J'avais appris la nouvelle en classe, livrée par un prof qui devait être un admirateur des Kennedy. L'assassinat de Bobby avait été retentissant aussi de ce côté de l'Atlantique et, dès lors, j'avais décidé de tout savoir sur cet homme qui représentait un réel espoir de paix dans la guerre du Vietnam. J'avais 14 ans et si la France voisine en finissait avec les événements de mai, c'est bien la disparition de Bob Kennedy dont je me souviens le mieux. Aujourd'hui, après avoir beaucoup lu sur lui et sur John, je demeure persuadé que son assassinat demeure le plus triste et le plus dommageable, avec celui de Martin Luther King deux mois plus tôt, dans toute l'histoire des Etats-Unis...

En ce jour de novembre, on célèbre le 99ème aniversaire de la naissance de Robert Francis Kennedy Sr. Quelle gouffre dans la politique des States, à deux mois de l'investiture de la blondasse fripouille aux manettes de la roulotte délabrée que représente désormais le pays... 

20 novembre 2024 ________________________________________________

"Jean-Claude Dusse" est mort !

Né le 16 avril 1952, Michel Blanc est l'un des fondateurs de la troupe théâtrale du Splendid, à Paris en 1974. Avec ses complices Josiane Balasko, Christian Clavier, Marie-Anne Chazel, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte et Bruno Moynot, il va donner ses lettres de noblesse aux comédies populaires des années 70-80 ("Les Bronzés", "Les Bronzés font du ski", "Le Père-Noël est une ordure", "Papy fait de la résistance"). Auteur, acteur, scénariste, metteur en scène, Michel Blanc était un touche-à-tout extrêmement doué. Dans ses réalisations, je retiendrai surtout "Marche à l'ombre", "Grosse fatigue", et "Embrassez qui vous voudrez". 

Lauréat du Prix d'interprétation masculine à Cannes en 1986 pour "Tenue de soirée", et Césarisé en 2012 pour "L'exercice de l'État", Michel Blanc est décédé d'un malaise cardiaque à Paris, dans la nuit du 3 au 4 octobre 2024. Il n'avait que 72 ans (et avait très exctement deux ans de plus que moi, ce qui ajoute encore à ma tristesse). Avec ses 50 ans de carrière, cet homme est un monument incontournable de la comédie théâtrale et cinématographique, toutes époques confondues. J'espère que les chaînes de télé lui rendront l'hommage qu'il mérite...

4 octobre 2024 _____________________________________________

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16 juillet 2024 - A Patrick Dewaere, 42 ans après sa disparition...

Rien à déclarer, de Dany Boon, 2010

- Il est où le U ?

- Quel U ?

- Le U de AMBULANCE !

- Y'a un U dans AMBLANCE ?...

Jean-Pierre Léaud : Antoine Doinel a 80 ans !
Il nait le 28 mai 1944 à Paris. En septembre 1958, François Truffaut l'auditionne pour jouer le personnage d'Antoine Doinel, un adolescent de 14 ans, frondeur, à la répartie fulgurante et turbulent en classe. Choisi parmi cent candidats au premier rôle de "Les 400 coups", le réalisateur retrouve en lui le garçon qu'il était à plus ou moins le même âge. J'ignore si le metteur en scène a déjà en tête l'épopée, sur 20 ans, de ce personnage original, drôle et très attachant. Toujours est-il qu'on retrouvera le jeune comédien en 1962 dans "Antoine et Colette", "Baisers volés" en 1968, "Domicile conjugal" en 1970, et "L'Amour en fuite" en 1979. Si "Antoine et Colette" est une partie du film à sketches "L'Amour à vingt ans", tous les autres sont des longs-métrages à part entière, et je adore tous.
Jean-Pierre Léaud est un comédien exceptionnel, sans aucun doute l'un des 4 ou 5 meilleurs de toute l'histoire du cinéma français. Si Truffaut l'a fait tourner dans sept de ses films, Goddard lui a fait cet honneur neuf fois. On peut donc considérer que l'acteur a joué un rôle prépondérant dans ce renouveau du cinéma hexagonal que l'on appelait "La Nouvelle Vague". Cinéma sérieux, dans lequel il ne s'est finalement pas cantonné. Je me souviens particulièrement de son rôle dans la comédie de Josiane Balasko "Les Keufs", en 1987. Il y interprétait un commissaire complètement déjanté, hallucinant supérieur de la réalisatrice et comédienne principale de ce film dramatique, auquel il avait mis en oeuvre tout son talent pour le rendre un peu moins sérieux (voir les deux extraits ci-dessous).
Palme d'honneur au Festival de Cannes en 2016, et César d'honneur en 2000, le tout pour l'ensemble d'une carrière tout à fait exceptionnelle, Jean-Pierre Léaud fête aujourd'hui son 80ème anniversaire. Il fait déjà pour moi partie des immortels du 7ème art, qu'il a servi de façon magistrale durant 60 ans, puisque son dernier long-métrage date de 2018 (Alien Crystal Palace, d'Arielle Dombasle).  

28 mai 2024 ____________________________________________________

"The Zone of Interest", de Jonathan Glazer.
La famille Höss coule des jours tranquilles dans une grande maison placée au centre d'un grand carré de verdure, avec jardin potager et abondamment fleuri. De hauts murs cernent en partie la demeure. Des murs au sommet desquels on distingue des barbelés, une clôture infranchissable pour tout ce dont on ne veut pas, pour tous ceux qui, malvenus ici, vivent un peu, travaillent beaucoup et meurent en masse. Il y a là Rudolf (Christian Friedel), le père, sa femme Hedwig (Sandra Hüller), leurs cinq enfants, et plusieurs domestiques. En dehors de ce qui ressemble à un éden préservé, on ne voit rien, ou pas grand-chose : des volutes de fumée, mais on entend des bruits, un bruit de fond, comme le ronronnement feutré d'une usine qui semble fonctionner à plein régime, mais dont on dissimule l'activité et atténue le niveau sonore. Parce que son travail n'est pas digne d'être montré, ni même évoqué, surtout aux yeux des enfants, dont aucun d'entre eux n'est encore en âge de se poser des questions. Leur père, l'Obersturmbannführer SS (lieutenant-colonel) Rudolf Höss, est en poste depuis plus ou moins trois ans. En serviteur zélé de son Führer, il accomplit sa tâche de commandant avec ardeur et ferveur. Sa mission ? Débarrasser le Reich de la plèvre qui le ronge depuis trop longtemps. Depuis sa prise efficace de fonction, plusieurs centaines de milliers de "pestiférés" sont passés entre ses mains. Enfin, dans celles de ceux qui occupent leurs journées à remplir de fausses salles de douche, à les fermer hermétiquement, puis à y déverser les cristaux de Zyklon B, ensuite à les vider et, pour finir, à nourrir les fours crématoires d'un combustible humain qui a définitivement cessé de nuire à la nation (prétendue) supérieure, et cela pour les siècles des siècles.
Images glaçantes d'une page parmi les plus sombres de l'histoire de l'humanité. Mise en scène magistrale d'un réalisateur, anglais et très inspiré. Beau travail quotidien des interprètes, tous remarquables, même si aucun gros plan ne montre leurs visages, comme si les traits des personnages qu'ils interprètent ne présentaient pas le moindre intérêt. Du plus gigantesque camp de la mort du 3ème Reich, aucune image, si ce n'est celles du toit des bâtiments. A l'opposé, la rivière Sola tient son rôle, celui de cadre bucolique nécessaire au délassement de la famille. Auschwitz (aujourd'hui Oswiecim), ville presque anonyme de Haute-Silésie polonaise, vit sa vie de petite cité occupée en temps de guerre. Entre ses murs, les habitants (mais pas les occupants) ignorent que quelques années plus tard, elle prendra une importance capitale dans l'histoire multimillénaire de la barbarie humaine. Grand-Prix du jury à Cannes en mai dernier, "La zone d'intérêt" est un film exceptionnel, qui mérite d'être vu par le plus grand nombre, qu'il soit instruit ou non de ce qui s'y est passé il y a une quatre-vingtaine d'années. Je lui accorde la note de 17/20.

2 février 2024 ___________________________________________________

Statistiques d'une vingtaine d'années de films vus en salles

Depuis 2002, année de mon divorce, j'ai recommencé à fréquenter assidûment les salles de cinéma. Sur Excel, j'ai créé un répertoire de tous les films visionnés, avec date, titre, réalisateur/trice, distribution, et note attribuée (sur 20 points). A ce 31 décembre 2023, et donc avec 22 années répertoriées, j'en suis à 1162 longs-métrages, ce qui nous fait une moyenne de 52,82 films vus annuellement, soit en gros un par semaine.

 

2002 est l'année record, avec 102 films, suivie de 2003 avec 96, puis 2016 avec 81, et 2017 avec 80. 2020 détient le record inverse avec 20 films vus (Covid oblige).

Pour ce qui est de la moyenne des notes attribuées, 2016 arrive en tête avec 14.99 points ; 2018 atteint 14.94, et 2020 14.90. En bas de classement on trouve 2009 avec 13.15 points, 2008 avec 13.06, et 2004 avec 12.93.

Seuls quatre films ont obtenu la note maximum de 20 points : The Hours (2003), Polisse (2011), Spotlight (2016), Et les mistrals gagnants (doc, 2017).

12 longs métrages ont obtenu la note de 19 : Les Invasions barbares, Les Poupées russes, La Môme, After the wedding, Le Ruban blanc, L'Enfance volée, Manchester by the Sea, Lion, Pupille, En corps, La Nuit du 12, The Quiet Girl.

 

The Hours détient le record de vues en salle, soit 8 entre le 25 mars et le 10 juin 2003. Avant cette année-là, je n'appréciais que très peu Nicole Kidman, trop sous l'emprise de son mari scientologue. Deux ans après leur séparation, la première fois que je suis allé voir The Hours, c'est uniquement pour Julianne Moore et Meryl Streep, que j'aimais et aime toujours beaucoup. Elles ne m'ont pas déçu, bien au contraire. Et Nicole Kidman, dans le rôle difficile de Virginia Woolf, m'a surpris en bien. Et si j'y suis retourné 7 fois, c'est pour m'imprégner du jeu époustouflant de l'Australienne. En fin de compte, force m'a été de constater que jamais une comédienne ne m'a autant impressionné dans un rôle. Son (seul) Oscar, remporté pour cette performance, ne pouvait pas être attribué à une autre actrice en 2003. Durant cette vingtaine d'années écoulée, trois autres comédiennes m'ont très fortement impressionné : Marion Cotillard, géniale dans La Môme, Nina Hoss, divine dans Barbara, et Jessica Chastain, sublime dans Zero Dark Thirty.

 

Pour ce qui est des rôles marquants des acteurs au cours de cette double décennie, cinq d'entre eux se partagent la palme : Jack Nicholson dans Les Infiltés, Christoph Waltz dans Inglourious Basterds et Django Unchained, Jean-Pierre Bacri dans Comme une image et Cherchez Hortense, Casey Affleck dans Manchester by the Sea, et Joaquin Phoenix dans Walk The Line et Joker.

Pour terminer et pour ce qui concerne la mise en scène, durant la même période (2002-2023 donc), j'ai vu 12 films de Woody Allen, 10 de François Ozon, 9 de Cédric Klapisch, 8 des frères Coen et de Clint Eastwood, 7 de Pedro Almodovar, 6 de Jean Becker et de Steven Spielberg, et 5 de Christian Petzold.

8 janvier 2024 ___________________________________________________

Soutien à Depardieu : LA GERBE

 

Victoria ABRIL                      64 ans

Yvan ATTAL                           58

Nathalie BAYE                       75

Dominique BESNEHARD   69

Bertrand BLIER                    84

Carole BOUQUET                 66

Clémentine CÉLARIÉ          66

Gérard DARMON                 75

Jacques DUTRONC              80

Patrice LECONTE                 75

Vincent PEREZ                      59

Benoît POELVOORDE         59

Charlotte RAMPLING          77

Pierre RICHARD                   89

Emmanuelle SEIGNER        57

Nadine TRINTIGNANT       89

Jacques WEBER                    74

  

Moyenne d'âge :                     71 ans

 

La tribune de soutien à Depardieu, publiée dans le Figaro le 25 décembre 2023, a réuni 56 signatures. Nulle part je n'en ai trouvé la liste complète. Je me suis donc contenté de réunir ici les 17 personnalités cinématographiques connues mentionnées dans cet inventaire. Que remarque-t-on ? Il y a 10 hommes et 7 femmes. Leur âge va de 57 à 89 ans, pour une moyenne de 71 ans. Le 3ème âge est donc majoritaire ici ; j'ignore si c'est aussi le cas dans la liste complète, mais je suis prêt à parier que oui. Où sont les jeunes dans cette tribune ? Je ne sais pas, mais je pense qu'ils sont peu nombreux. Globalement parlant, la jeunesse actuelle ne connaît tout simplement pas cette génération de conservateurs et trices ringards. Un récent sondage (mentionné dans C dans l'air, sur France 5) indique que 66 % des Français condamnent Depardieu. Mais cette condamnation concerne les propos sexistes et humiliants envers les femmes (et même une enfant de 10 ans), de l'acteur divulgués par le magazine "Complément d'enquête" récemment, et pas les 13 accusations de viol commis par l'intéressé. S'il est juste que la présomption d'innocence doit être appliquée dans tous les cas non jugés, l'inculpation du comédien, en 2018, n'a toujours pas été jugée. Et c'est inadmissible. C'est un manque total de respect pour la supposée victime, qui n'a que deux choses à faire dans sa douleur : attendre et la boucler !

J'ai 69 ans et, dans ce genre d'affaires, je me rallie aux jeunes. A celles qui osent parler, briser ce silence insupportable porté par une génération dominée par les vieux cons, héritage direct du Moyen-Âge, ou les couillus se demandaient si les femmes avaient une âme. Cette attitude me révolte et me met hors de moi. Si l'homme est devenu ce qu'il est aujourd'hui, et qu'il se rattache à de tels comportements, eh bien 300'000 ans de son histoire n'ont servi à rien. Il aurait mieux fait de demeurer le grand singe qu'il était, sautant d'arbres en arbres, le cul à l'air vivifiant des forêts, et occupé à cueillir fruits et baies pour nourrir sa famille.

Personnellement, je n'étais admirateur que de quatre personnalités figurant ci-dessus : Dominique Besnéhard (ex-agent, producteur), Bertrand Blier (réalisateur), Carole Bouquet (actrice) et Benoît Poelvoorde (acteur). Désormais, et définitivement, je ne le suis plus. Quant à Macron, 30 ans plus âgé qu'il n'y paraît, et ignoble leader du soutien à un infâme cabotin d'acteur (dont je n'ai plus vu le moindre de ses films depuis 2012), il se montre sous son vrai jour : n'ayant strictement plus rien à foutre de ses promesses électorales (dont le soutien aux femmes victimes de toutes violences), il terminera son mandat, sans réélection à assurer, dans la colère sans cesse grandissante du peuple français. Maudit soit-il, et pour les siècles des siècles !

Aux dernières nouvelles, plusieurs personnes figurant dans les 17 mentionnées ci-dessus, se sont rétractées (ou justifiées) : Weber, Trintignant, Richard, Leconte, Bouquet, Attal. Leur raison principale consiste à affirmer qu'ils et elles ignoraient que Yanis Ezziadi, l'obscur comédien qui est à l'origine de la tribune de soutien, est un sympathisant de l'extrême-droite, proche de la grosse tache que représente Eric Zemmour dans ce domaine. Une excuse qui se situe à sa juste place, c’est-à-dire au niveau de bêtise des signataires…

6 janvier 2024 ___________________________________________________

"Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages"

Audiard aux dialogues, mais aussi à la réalisation (pour la 1ère fois). Tourné en 1968, avec Bernard Blier, André Pousse, Marlène Jobert et Françoise Rosay. Plusieurs scènes-cultes, dont celle-ci, sans doute la meilleure...

Elle cause plus, elle flingue !

Après avoir écrit les délicieux dialogues d'un nombre incalculable de films, Michel Audiard (1920-1985) se lance dans la réalisation de ses propres oeuvres. Huit longs-métrages voient ainsi le jour, tournés entre 1968 et 1974. Celui-ci date de 1972, et il est la suite de "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !", sorti sur les écrans deux ans plus tôt. Aux côtés de l'excellente Annie Girardot, les meilleurs serviteurs du plus grand dialoguiste du cinéma français de tous les temps, Bernard Blier et André Pousse s'unissent pour donner vie à ce qui demeure la plus magnifique séquence de cette mythique comédie un peu (beaucoup) loufoque sur les bords...

"Calmos"

Court extrait du 3ème long-métrage de Bertrand Blier, tourné en 1975. Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort, fatigués de leur vie de couple, décident de fuir leurs femmes, et la gent féminine en général, de se retirer à la campagne et de gueletonner à longueur de jour, et même de nuit.

Attention, film un peu (beaucoup dans cette séquence) miso-macho sur les bords. Cet extrait est là pour démontrer, si besoin est, le talent exceptionnel de ces deux comédiens contemporains et de légende, aujourd'hui disparus et qui aimaient beaucoup les femmes...

8 août 2023 _____________________________________________________

Mes actrices préférées.

Si celle ou celui qui met en scène sont déterminants dans mes choix de films, les comédiennes le sont tout autant. Si beaucoup d'hommes s'identifient à un quelconque héros sauvant la planète, ou (pire et plus courant) les Etats-Unis, personnellement ça n'a jamais été le cas. Dans une salle obscure, mon rêve ultime est de prendre dans mes bras celle qui pleure et/ou que l'on persécute. Dans le domaine du chagrin, il est une actrice qui me fend le coeur à chaque larme qu'elle verse : Mélanie Laurent, dont les capacités et son naturel dans cet art très difficile sont exceptionnels. 

Les 40 comédiennes, de 9 nationalités différentes, figurant dans ce clip sont aujourd'hui celles que je ne raterais sous aucun prétexte dans une performance à l'écran. Il y a 16 Française, 9 Américaines, 3 Allemandes, 3 Australiennes 3 Canadiennes, 2 Britanniques, 1 Danoise, 1 Espagnole, 1 Italienne et 1 Polonaise. Je profite de ce 15 juin pour souhaiter à Helen Hunt un très heureux 60ème anniversaire.

Remarque : Si certaines "grandes stars" ne figurent pas dans cette vidéo-hommage, c'est délibéré de ma part, n'appréciant guère, par exemple Sophie Marceau,  Catherine Deneuve, Fanny Ardent, Audrey Tautou, Scarlett Johansson, Sandra Bullock, Sharon Stone, Angelina Jolie, Julia Roberts, Jennifer Lopez, Keira Knightley, Charlize Theron, ou encore Monica Bellucci, la pire de toutes (avec Sophie Marceau)...

15 juin 2023 ____________________________________________________

Mes acteurs préférés. 

13 juin 2023

Mes réalisateurs et réalisatrices préféré(e)s. 

12 juin 2023

The Quiet Girl, de Colm Bairéad

Irlande, été 1981. Cáit est une petite fille d'une dizaine d'années vivant dans un petit village de la campagne. Calme, réservée, effacée, l'enfant subit l'indifférence de ses parents, cette vie terne qui ne la fait jamais sourire. Son père est agriculteur, sa mère s'occupe d'elle et de ses trois frère et sœurs. La famille est pauvre, et une cinquième naissance se profile à l'horizon. Débordés pas cet augure, les parents décident, durant les vacances scolaires, d'envoyer Cáit auprès d'un couple de leur lointaine famille. C'est l'été, il fait excessivement chaud, et le voyage en voiture dure trois heures. Arrivés à destination, froid, distant, voire méprisant envers sa fille, le père ne reste que quelques minutes et reprend la route. Sans embrasser ni même saluer Cáit, ni sa fille ni ses nouveaux hôtes, qu'elle ne connaît pas. Oubliant en plus de laisser sur place la valise de la petite.

Auprès de Sean et Eibhlin, Cáit prend lentement ses marques. Couple d'agriculteurs vivant dans une ferme isolée, lui fait la gueule et ne parle pas, elle est prévenante, gentille et pleine d'attentions. Cette visite la ravit totalement. Avec patience, elle s'occupe de celle que j'appellerai sa nièce (aucune précision à ce sujet dans le film). Petit à petit, Cáit esquisse quelques sourires. Mais l'oncle demeure froid et distant. Un jour, une voisine du couple à laquelle Eibhlin avait confié sa nièce, lui raconte une histoire dont furent victimes sa tante et son oncle. Une douleur expliquant peut-être la réserve de Sean envers la petite Mais le temps passe, et Sean commence à s'intéresser à sa jeune invitée. Ça la ravit, et bientôt elle aide son oncle à balayer l'écurie et même à mettre en place la traite des vaches. Un jour, leur complicité nouvelle ouvre l'homme aux confidences. Il lui confie alors un terrible secret…

Tourné en format 4:3, et interprété en dialecte irlandais (VO), ce long métrage du cinéaste Colm Bairéad est une pure merveille. Désespérant au début, en raison de la froideur entourant Cáit dans tous les domaines, y compris l'école, le climat s'améliore heureusement au fur et à mesure qu'on avance dans cette magnifique histoire. De laquelle émergent deux personnages exceptionnels : la fragile petite demoiselle et sa douce et très aimante tante ; Sean aussi, plus tard, lorsque l'on aura compris la raison de son mutisme initial. La mise en scène est sobre, mais parfaitement en accord avec le thème, la photographie superbe. D'un casting totalement inconnu pour moi, émerge la jeune Catherine Clinch, extraordinaire découverte ! Quelle présence et quel talent de comédienne ! Sa tante (Carrie Crowley) n'est pas en reste du tout, et sa performance digne d'éloges.

Note : 19/20 (meilleur des 19 films visionnés cette année).

23 mai 2023 ____________________________________________________

Cannes 2023

Le plus grand festival de cinéma du monde vient d'ouvrir ses portes, par l'attribution d'une palme d'honneur à Michael Douglas. Lauréat de deux César d'honneur (1998 et 2016), je me demande ce que les organisateurs et décideurs de ces deux manifestations annuelles ont dans le cigare. Quel manque d'imagination, et de reconnaissance envers celles et ceux qui, jamais récompensés pour leur immense talent, mériteraient dix fois plus un tel honneur. Depuis 1997 et la création de cette palme, seule Agnès Varda en a bénéficié pour ce qui est de la France. Tous les autres sont étrangers, et majoritairement américains. Au risque de passer pour une sale langue, je me demande vraiment ce que le comédien et producteur Douglas a accompli pour mériter un tel léchage de boules. Certes oscarisé pour son rôle dans Wall Street en 1988 (par défaut de grandes performances des autres dans leurs films respectifs), le principal mérite de cet acteur très moyen est d'avoir co-produit, en 1975, le chef-d'œuvre de tous les chefs-d'œuvre du cinéma mondial "Vol au-dessus d'un nid de coucou". Pas de quoi le placer sur un piédestal pour ça, alors que des cinéastes tels que les frères Coen, Tarantino, Scorsese, ou encore Kathryn Bigelow et bien d'autres, pour ne parler que des amerloques, sont royalement ignorés depuis des lustres. Et je ne cite pas celles et ceux d'une nationalité différente, qui pourraient se révéler au moins cinq fois ou six fois plus nombreux(ses). Triste constatation pour ces prétendus académiciens du cinéma, qui ne valent pas mieux que la majorité de ceux qui œuvrent (avec le même titre) dans d'autres domaines dans ce foutu pays de France qui (malgré la sécheresse) prend l'eau de toutes parts…

19 mai 2023 _____________________________________________________

Le meilleur Festival de "Cannes", c'est celui-ci !

Jack Nicholson

Je l'ai découvert dans ce qui fut son meilleur rôle, celui de Randall McMurphy, héros présumé fou dans "Vol au-dessus d'un nid de coucou", de Milos Forman, en 1975. Et ça m'a donnée envie de voir ses deux films précédents les plus fameux : "Easy Rider", de Dennis Hopper (1969), et "Chinatown", de Roman Polanski (1974). Après quoi, je l'ai régulièrement vu dans une vingtaine de ses films, majoritairement en salle, mais aussi en VHS, DVD et BluRay. Et je peux affirmer que, avec Bourvil et Jean-Pierre Bacri, il est le seul acteur à ne jamais m'avoir déçu. Quel exceptionnel comédien ! Le meilleur de tous les temps. Capable de tout jouer, crédible dans tous ses rôles. 12 nominations aux Oscars (3 fois gagnant) ; nommé 17 fois aux Golden Globes (6 victoires), une présence à l'écran unique, la fascination qu'il a toujours exercée sur moi est unique. Des comédiens de ce gabarit, on en trouve un par génération, et encore… Malheureusement, mais c'est la vie, depuis 2010 il ne tourne plus. Et, en ce 22 avril 2023, King Jack fête son 86ème anniversaire. Happy Birthday 2 U McMurphy !

22 avril 2023 ____________________________________________________

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Le Film du jour : "Je verrai toujours vos visages", de Jeanne Herry

En France, depuis une petite dizaine d'années, il existe un service appelé "Justice restaurative". Il propose (et non pas impose) à des personnes victimes et auteurs d’infractions graves, de dialoguer dans des dispositifs sécurisés, encadrés par des professionnels et des bénévoles bien formés. Dans le film, condamnés pour vols avec violence, on trouve trois délinquants, qui font face à une femme et deux hommes, victimes de homejacking, de braquage et de vol à l'arraché. Aucune victime n'est en présence de son propre agresseur. Les réunions sont organisées dans un local de la prison dans laquelle sont internés les condamnés. Tout le monde est réuni en cercle, médiateurs compris ; ils (elles) se font face et racontent le vécu qui les a amenés là. En fil rouge, on trouve une jeune femme victime de viols de la part de son grand frère, lorsqu'elle était enfant. Apprenant que ce dernier est de retour dans la ville qu'elle habite, elle désire rencontrer (en privé) une médiatrice, afin de mettre au point une stratégie de rencontre avec lui pour qu'elle puisse éviter de croiser ce frère à qui elle n'a jamais pardonné. Dans les récits, on trouve de la colère, des déchirements, des silences et des espoirs. Et, parfois, au bout de cette thérapie de groupe pas évidente, des prises de conscience (pour les agresseurs) et un peu de confiance retrouvée (pour les victimes).

 

Jeanne Herry est la fille de Miou-Miou (dont le véritable nom est Sylvette Herry) et de Julien Clerc. Elle réalise ici son 3ème long métrage. Je n'ai vu que le deuxième "Pupille" (2018), auquel j'avais attribué la note de 19/20. Celui-ci, également scénarisé et dialogué par la réalisatrice, atteint le même score. Quelle merveille de film ! Et quel travail de recherche de documentation concernant ce service, essentiel à mes yeux. Deux heures haletantes, sans temps mort, débordant (malgré le sujet) d'humanité, de retenue, de justesse, tout est exceptionnel dans ce scénario. Et les interprètes dans tout cel ? Eh bien parlons-en, car toutes et tous sont à la hauteur de ce chef-d'œuvre. En voici la liste complète des rôles de premier rang :

Élodie Bouchez : Judith, médiatrice (pour moi la meilleure)

Adèle Exarchopoulos : Chloé, violée par son frère

Leïla Bekhti : Nawelle, victime

Dali Benssalah : Nassim, agresseur

Suliane Brahim : Fanny, médiatrice

Gilles Lellouche : Grégoire, victime

Miou-Miou : Sabine, victime

Jean-Pierre Darroussin : Michel, médiateur

Fred Testot : Thomas, agresseur

Birane Ba : Issa, agresseur

Denis Podalydès : Paul, instructeur

12ème film vu cette année, nul doute que ce chef-d'œuvre figurera dans mon trio favori à fin décembre. Et ce qui me ravit encore davantage, c'est que ce soit l'œuvre d'une femme qui, comme tant d'autres, représente l'avenir le plus crédible et enthousiasmant dans ce domaine. 

 

Remarque : il m'a fallu plusieurs gros plans sur son visage pour reconnaître Fred Testot (le Blanc du SAV de Canal+, il y a quelques années) ; ayant pris du poids et de la carrure, cheveux abondants et en bataille, barbe taillée à coups de sécateur à tuyas, il n'a que peu de dialogues, mais s'avère tout à fait excellent dans ce rôle d'ancien junkie, trop longtemps accro à la coke.

12 avril 2023 ____________________________________________________

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Nina Hoss

Comédienne allemande née le 7 juillet 1975 à Stuttgart, Nina Hoss est peu connue dans les pays francophones. Elle est pourtant une actrice tout à fait remarquable, avec une présence rare à l'écran. Lauréate de quatre prix de la meilleure comédienne dans les Festivals internationaux de Berlin (2007), Seattle (2015), San Sebastian et Stockholm (2019), chacune de ses interprétations vaut le détour. Au cours de ces onze dernières années, je l'ai vue dans une dizaine de films qui, dans leur totalité, m'ont subjugué comme rarement devant un grand écran. Au point que je n'hésite pas une seule seconde pour affirmer qu'elle est aujourd'hui la digne héritière de l'inoubliable Romy Schneider. En 2012, dans "Barbara", de Christian Petzold (son metteur en scène fétiche, lauréat de l'Ours d'or à Berlin pour ce film), elle interprétait une pédiatre exerçant à Berlin, en 1980. Déplacée dans un petit hôpital situé sur la côte sud de la Mer Baltique après une demande refusée de passage à l'ouest, sans cesse surveillée par la STASI, son rêve demeure toujours présent et, malgré les risques, elle parvient à organiser sa fuite. Mais au moment même où elle va réussir, un événement inattendu dans sa vie professionnelle la fait renoncer, se sacrifiant au profit de l'une de ses jeunes patientes. Ce film bouleversant demeure aujourd'hui encore l'une des dix plus grandes œuvres cinématographiques jamais vues dans ma vie. Et à 47 ans, Nina Hoss est, avec Jessica Chastain, pour moi la meilleure actrice du monde. Son dernier film en date, "Tár", de Todd Field (16/20), dans lequel elle partage l'affiche avec Cate Blanchett et Noémie Merlant, est toujours visible dans les salles de Suisse romande.

Artiste  engagée, Nina Hoss est ambassadrice de "Terres des Femmes", une ONG militant contre les mutilations génitales féminines.

27 février 2023 __________________________________________________

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Il était une fois dans l'Ouest

Mon premier chef-d'œuvre vu au cinéma. Tourné en 1968, sorti un an plus tard en Suisse. J'avais 15 ans et je découvrais la beauté époustouflante et le sex-appeal ébouriffant de Jill McBain, sous les traits de Claudia Cardinale. L'ex-entraîneuse de La Nouvelle-Orléans venait rejoindre son mari (épousé un mois plus tôt) dans un ranch établi sur un terrain convoité par le promoteur d'une voie de chemin de fer. Jill quitte le train et se fait amener là ou elle pense que son mari Peter (Frank Wolff) l'attend en compagnie de ses trois enfants, nés d'un précédent mariage. Vision d'horreur : leurs quatre corps gisent à côté de leur habitation, assassinés par Frank (Henry Fonda), à la solde du promoteur du chemin de fer.

Séquence magnifique, encore réhaussée par l'une des trois ou quatre plus belles musiques de film jamais composées, signée du grand maître en la matière, Ennio Morricone. Sergio Leone met en scène le premier de ses deux monuments du 7ème Art, le second étant, 16 ans plus tard. "Il était une fois en Amérique". En 1968, Claudia Cardinale avait 30 ans ; elle en aura 85 le 15 avril prochain. Et puis, le réalisateur, le compositeur de la musique, et les 12 premiers rôles masculins de ce chef-d'œuvre absolu sont aujourd'hui tous décédés. Heureusement, il reste les images, et le son de la bande originale, réunis ici dans l'une des plus émouvantes séquence du film. En Italie, Allemagne et France, "Once Upon a Time in the West" (car tourné en anglais) a réuni 37 millions de spectateurs en salle.

1er février 2023 __________________________________________________

Touch of Evil

Los Robles, petite ville frontalière entre les États-Unis et le Mexique. Une bombe explose dans le secteur américain de la ville, susceptibles de créer des complications entre les deux pays. Mike Vargas (Charlton Heston), policier mexicain alors en voyage de noces avec sa femme Susan (Janet Leigh), décide de mener l'enquête de son côté. Il découvre alors les méthodes plus que douteuses de son homologue américain Hank Quinlan (Orson Welles). Vargas et sa femme se retrouvent aux mains d'un gang de la région, et face à une police locale corrompue, dont Quinlan est le parfait exemple.

Réalisé en 1957 par Orson Welles, "Touch of Evil" ("La Soif du mal" en français) est un film magnifique, pour moi encore meilleur que "Citizen Kane". Les trois séquences constituant la vidéo ci-dessous sont destinées à mettre en exergue le fabuleux acteur qu'était aussi Orson Welles (méconnaissable ici), et la présence lumineuse de l'immense Marlene Dietrich, dans un petit rôle qui lui fait pourtant crever l'écran. Pour le tournage, celle qui se nomme Tana a été physiquement transformée en une magnifique tenancière mexicaine d'un petit boui-boui local. Alors âgée de 55 ans, jamais cette artiste n'a été aussi belle dans un film, "L'Ange bleu" y compris. A cela, il convient d'ajouter la bande sonore intitulée "Tana's theme", un sublime air de piano mécanique signé du multi-oscarisé Henri Mancini. La dernière séquence marque la fin du film, et elle est pour moi l'une des plus belles scènes de l'histoire de "mon" cinéma…

28 janvier 2023 __________________________________________________

Les Poupées russes

Deuxième volet d'une trilogie incluant le premier "L'Auberge espagnole" (2002), et avant le dernier "Casse-tête chinois" (2013), "Les Poupées russes" (2005) est mon préféré. Il est même pour moi l'un de dix plus beaux longs-métrages français jamais vus en salle. Et cette séquence est la plus géniale des 125 minutes de pellicule constituant le film. Tout est dit dans cette extraordinaire déclaration d'amour, que tout homme rêverait un jour d'entendre. Xavier l'infidèle laisse son amoureuse Wendy sur un quai de la gare de Saint-Petersbourg, pour aller rejoindre, à Moscou, une top-model dont il est en train de rédiger la biographie. Il en reviendra la honte au front et la queue entre les jambes, cependant que Wendy errera dans une ville où tout lui semble soudain gris et sans la moindre saveur. Cédric Klapisch, metteur en scène et co-scénariste, crée un chef-d'oeuvre absolu dans le genre, encore sublimé par la bande sonore que constitue ici la magnifique chanson "Mysteries", interprété par Beth Gibbons. Une musique qui colle aux images et à la détresse de Wendy comme rarement dans un drame amoureux. Kelly Reilly et Romain Duris, sont au sommet de leur art dans tout le film. J'avoue qu'à chaque visionnage de cette séquence, mon regard devient flou avant qu'elle ne se termine...

Si j'aime à ce point le 7ème Art, c'est avant tout pour des scènes telles que celle-ci, qu'elles concernent l'amour ou quel qu'autre sujet que ce soit. Et dans ce domaine, Cédric Klapisch, mon cinéaste français préféré (avec Maïwenn), est passé maître dans la façon de transmettre des émotions aux spectateurs de ses films.

VIVE LE CINEMA EN SALLE !

20 janvier 2023 __________________________________________________

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Géraldine Pailhas

César du meilleur espoir féminin en 1992 pour "La Neige et le feu", de Claude Pinoteau, je l'ai découverte dans "Le Garçu", de Maurice Pialat, en 1996, où elle donnait la réplique à Gérard Depardieu. Ont suivi une quinzaine de longs métrages visionnés, dont aucun ne m'a jamais déçu. Cette Marseillaise (qui fête son 52ème anniversaire aujourd'hui), belle femme brune aux magnifiques yeux noisette, est une comédienne qui mériterait que les réalisateurs lui confient davantage de rôles de premier plan. Parce qu'elle peut tout jouer. Des films tels que "Les Randonneurs", "La Chambre des officiers", "Le Coût de la vie", "Une Vie à t'attendre", "Le Héros de la famille", "Le Prix à payer", "Les Yeux de sa mère", "Tout s'est bien passé", éblouissante dans chacun d'eux, ont fait d'elle aujourd'hui mon actrice française préférée. En épousant Christopher Thompson, fils de Danielle Thompson, elle-même fille de Gérard Oury, elle est entrée de plein pied dans une grande famille du cinéma de l'Hexagone. Mais elle n'avait vraiment pas besoin de cela pour percer, tant son talent est une évidence qui saute aux yeux (de ceux qui veulent bien les ouvrir)…

8 janvier 2023 ___________________________________________________

La comédienne dans "Le Héros de la famille". Dénouement d'un film magnifique (mais démoli par la critique) de Thierry Klifa, réalisé en 2006. Doté d'un fabuleux casting, cette histoire familiale tourne autour d'un cabaret niçois. On voit ici voit "Marianne", qui interprète la version française de "The Rose", le succès mondial de Bette Midler (1979). Géraldine Pailhas, sublime comédienne, nous offre ici un autre volet de son immense talent. 

Maïwenn, ma cinéaste préférée

En octobre 2011, sur mon blog cinématographique de l'époque, j'évoquais la découverte d'un film exceptionnel : "Polisse". Un coup de poing à l'estomac, conséquence bien connue de ce que produit souvent un chef d'œuvre du 7ème Art sur moi. Dès lors, intrigué et totalement admiratif de la jeune réalisatrice, je découvrais, par DVD interposés, ses deux autres longs métrages, réalisés en 2006 et 2009. Le premier a pour titre "Pardonnez-moi", le second s'appelle "Le bal des Actrices". Evidemment, vu mon (coupable) manque d'intérêt pour la metteuse en scène à l'époque, je suis passé totalement à côté de la sortie en salle de ces deux films. Visionnés sur disques, je suis tombé sur autant de fabuleuses découvertes, auxquelles j'adjoins le sentiment en moi que le vieux con bourré de préjugés que j'étais (et que je suis peut-être encore, on ne peut jurer de rien) serait bien inspiré d'aérer régulièrement son crâne afin de laisser l'air frais ventiler la masse difforme qui se fait outrageusement passer pour sa matière grise. Parce que Maïwenn, avant 2011, ne représentait rien pour l'ignare que j'étais. Mais bon, à l'âge qui était alors le mien, on peut encore rêver de progresser...

Dans cette optique débordante d'espoir, j'ai très vite commencé à étudier le cas "Maïwenn Le Besco". Les Lilas, dans la banlieue parisienne, est sa ville natale. Née le 17 avril 1976, la petite est poussée dès son plus jeune âge vers le cinéma. Par qui ? Par sa maman, Catherine Belkhodja, elle-même comédienne (franco-algérienne) peu connue. Dès l'âge de sept ans, Maïwenn est battue régulièrement par son père (franco-vietnamien), parfois très violemment. Plus tard, c'est sa mère qui prend le relais, voyant soudain en elle une possible rivale (eh oui !) dans le métier qu'elles exercent toutes les deux. Conséquences de tout cela : une enfance malheureuse et une adolescence des plus pénibles. Mais, comme elle le dit elle-même, elle n'en a pas vraiment conscience sur le moment, parce qu'elle pense que cela se passe de la même façon pour toutes les filles de son âge (en voilà un sentiment qui me parle…) Devenue adulte, et après la naissance de ses deux enfants : une fille avec Luc Besson – à moins de 17 ans – et un fils avec Jean-Yves Le Fur (célèbre homme d'affaires) en 2003, elle se lance dans la réalisation…

"Pardonnez-moi" raconte l'histoire d'une jeune femme enceinte qui désire tourner un film sur sa famille, afin de le montrer plus tard à son enfant. Si la violence de sa mère est occultée, il n'en va pas de même de celle de son père. La fiction est donc partiellement d'inspiration autobiographique, et le traitement qu'en fait Maïwenn est bouleversant. Ce thème de l'enfance maltraitée reviendra dans "Polisse", preuve peut-être que l'on ne se remet sans doute jamais de certaines blessures subies dans cette période si importante de la vie. Dans "Le bal des Actrices", la réalisatrice change de registre, souhaitant filmer, sous la forme prétendue de documentaire, la vie hors plateau de plusieurs comédiennes. Le film est tellement réussi que l'on se laisse prendre au jeu ; car tout est écrit, mis en scène, tourné et joué comme si le spectateur assistait à la projection d'un documentaire. Ces deux magnifiques longs métrages, ajoutés à "Polisse", ont deux points communs : premièrement, dans chacun d'eux Maïwenn tient, tout au long de l'intrigue, une caméra ou un appareil photo ; deuxièmement, si le premier et le dernier ont un thème plus ou moins commun, les trois sont pour moi de véritables chefs-d'œuvre, le second étant de plus constellé d'actrices toutes plus magnifiques les unes que les autres…

A la fin de "Pardonnez-moi", film dans lequel Maïwenn, qui tient le rôle principal, cherche le repentir de son papa, on voit sa psychothérapeute lui affirmer :

- "N'attendez pas que votre père vous demande pardon. Il ne le fera pas ! Pardonnez-lui et servez-vous de ce traumatisme de l'enfance pour construire quelque-chose de positif"...

A deux mots près ("Pardonnez-lui"), elle a raison ! Au point de croire peut-être que si elle avait vécu parfaitement heureuse dans ses jeunes années, cette femme admirable n'aurait jamais pondu deux des trois œuvres majeures citées dans cet hommage. Aujourd'hui, à 46 ans, elle a ajouté deux autres films à sa carrière de réalisatrice : "Mon Roi" (2015) et "ADN" (2020). Je les ai évidemment vus tous les deux et, sur des sujets moins graves et interpellateurs à mes yeux que "Pardonnez-moi" et "Polisse", je les ai beaucoup aimés.

Dès lors, ce qui me tient le plus à cœur, dans un domaine qui a bercé ma vie à coups répétés de cent minutes de bonheur vécus dans la salle obscure, c'est que Maïwenn n'en reste pas là (il n'y a d'ailleurs aucune raison qu'il en soit ainsi). Réalisatrice, scénariste et interprète, il faut qu'elle continue de tourner. Encore et toujours. Car je suis persuadé que la santé morale de mes dernières années d'existence (fortement conditionnée par le cinéma depuis plus de 55 ans), tiendra grandement à la pellicule que, telle cette femme exceptionnelle, les grands cinéastes voudront bien faire dérouler devant mes yeux. Lesquels ne brillent jamais autant que lorsque certain(e)s se servent de ce moyen pour dévoiler toute la profondeur de leur humanité, l'éclatante richesse de leur âme et la grandeur insoupçonnable de leur cœur.

Aux dernières nouvelles, 2023 devrait voir la sortie de son 6ème long-métrage, "Jeanne du Barry" (maîtresse de Louis XV), film historique dans lequel elle donnera la réplique à Johnny Depp. Malheureusement, financé par Netflix, on ne devrait pas avoir la chance de le voir en salle…

6 novembre 2022 _________________________________________________

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Marlène Jobert

Comment ne pas être séduit par un tel visage ? C'est ce que je me disais en découvrant, à l'âge de 16 ans, l'affiche du "Passager de la pluie" ou de "Dernier domicile connu". A la même époque et sans équivoque, Claudia Cardinale, la très pulpeuse vedette féminine de "Il était une fois dans l'Ouest", bousculait mes juvéniles pulsions sexuelles. Marlène Jobert, elle, évoquait la douceur, la tendresse, à mes yeux beaucoup plus nobles et durables, indispensables à mon cœur en état de manque. Si, par défaut de films à voir, j'ai un peu oublié l'Italienne, je n'ai jamais renié la Française.

Marlène Jobert voit le jour à Alger le 4 novembre 1940, d'un père français, militaire en poste en Afrique du Nord, et d'une mère juive algérienne. De son enfance, très dure par l'extrême sévérité paternelle, elle gardera une timidité et une réserve qui, longtemps vont la caractériser. L'adjudant-chef Jobert étant plus tard muté à Dijon, Marlène, l'aînée de cinq enfants, débarque en Côte-d'Or au début des années 50. Sa scolarité terminée, elle met tout en œuvre pour devenir comédienne. Elle débute au théâtre en 1962, au cinéma quatre ans plus tard, dans l'un des meilleurs films de Godard : "Masculin, Féminin", aux côtés de Jean-Pierre Léaud et de Chantal Goya.

Je m'arrête là dans sa biographie ; si vous êtes fan autant que je le suis, achetez le livre, il en vaut la peine, parce que Marlène raconte énormément de choses, sans concession pour certains de ses partenaires à l'écran ou au théâtre, et avec une franchise qui impose le respect. Autrice, depuis tant d'années, de contes pour enfants, sa plume est alerte, précise, et elle livre sans déballage racoleur ni pudeur excessive, une autobiographie instructive, touchante et parfois très poétique. Toute à l'image, finalement, de cette femme qui, du jour au lendemain, a décidé de cesser de tourner pour se consacrer à l'éducation de ses deux filles, les jumelles Eva et Joy, nées le 6 juillet 1980...

Marlène Jobert fête aujourd'hui-même son 82ème anniversaire. Elle est restée très belle et possède toujours dans le regard, cette flamme intense qui, il y a plus de 50 ans, a tant contribué à allumer celle qui en moi brûle toujours pour elle. J'ai vu la presque totalité de ses films, et ne supportait pas (surtout dans ceux que je découvrais à l'adolescence) de la voir en larmes à l'écran : elle avait de trop beaux yeux pour ça, et ceux qui la faisaient pleurer étaient des salauds ! J'aurais voulu être près d'elle et la prendre dans mes bras pour la consoler. Eva Green, comédienne aussi belle et douée que sa maman, même si elle évolue dans un registre différent, me fait un peu le même effet à l'écran. Surtout parce qu'il y a, dans certaines intonations graves de sa voix, une similitude très troublante avec celle de sa mère. En 1988, alors que Marlène Jobert quitte au matin son appartement pour se rendre sur le tournage de "Les cigognes n'en font qu'à leur tête", ses jumelles, âgées de 8 ans, se jettent à ses pieds en la suppliant de rester avec elles. Leur dépit, leur insistance, la "mise en scène" destinée à influencer leur mère est si touchante et efficace que la comédienne leur donne sa parole : ce film sera le dernier qu'elle tournera. Et elle tiendra sa promesse ! Pour l'amour de ses filles, mais aussi parce que, elle le reconnaît dans le livre, elle n'avait plus le feu sacré pour son métier d’actrice. Au cours des années suivantes et jusqu'en 1998, on la verra encore dans quelques téléfilms et séries télévisées, mais plus jamais sur grand écran. L'écriture de ses contes pour enfants prendra la relève d’un besoin vital de s'exprimer, conséquence d'une enfance au cours de laquelle personne n'était jamais là pour l'écouter. Comme je la comprends...

Marlène Jobert - "Les baisers du soleil" - Plon, 2014 - ISBN 978-2-259-22342-3

Si aucun de ses films ne m'a déplu, mon préféré demeure, aujourd'hui encore "Nous ne vieillirons pas ensemble", de Maurice Pialat, tourné en 1972, où elle partage l'affiche avec Jean Yanne, Prix d'interprétation masculine à Cannes cette année-là. Exceptionnelle dans ce film où elle subit, à l'écran, les humeurs souvent odieuses de son partenaire, Marlène Jobert en aurait mérité tout autant. Niveau récompenses, les César n'ayant été créés qu'en 1976, cette merveilleuse comédienne ne sera jamais récompensée, si ce n'est en 2007, où elle se voit décerner un César d'honneur (ô combien dérisoire) pour l'ensemble de sa carrière. Avec Bourvil, Marlène Jobert est celle qui est à l'origine de ma passion pour le cinéma. Un besoin vital qui dure depuis 57 ans, et qui ne s'est jamais démenti.

4 novembre 2022 _________________________________________________

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Romy - 23 septembre 1938 - 29 mai 1982 

40 ans déjà ! Quarante ans que son étoile a quitté la voute céleste de la salle obscure, pour gagner celle beaucoup plus vaste de l'éternité. Dans un firmament sans limites, la "Passante du Sans-Souci" arpente un ciel illuminé de son unique et  regard. Toutes les étoiles finissent un jour par disparaître. La sienne brillera encore lorsque l'univers nous aura livré le tout dernier de ses secrets, c'est à dire bien au-delà de la fin des temps...
Romy, merci de m'avoir un jour permis de vous rencontrer. Ce petit poème vous est dédié.

29 mai 2022 ____________________________________________________

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Romy Schneider en 1970, dans "La Califfa", d'Alberto Bevilacqua. Certainement pas son meilleur film, mais pour moi celui dans lequel elle fut la plus belle. Elle avait alors 32 ans.

Bébel  (9 avril 1933 - 6 septembre 2021)

Au cinéma, quand j'avais 11 ou 12 ans, ce sont Bourvil et de Funès qui me fascinaient. Le rire que me procuraient leurs rôles représentait un véritable bien-être, dans une enfance pas des plus drôles. L'adolescence venue, intéressé mon regard s'est porté sur les femmes, sur les actrices. Bien plus que rire, Marlène Jobert et Claudia Cardinale m'émouvaient et me faisaient rêver. Age adulte atteint, elles (et quelques autres) étaient toujours celles qui, de préférence, m'attiraient dans les salles obscures. Belmondo est arrivé plus tard. Je pense que "L'homme de Rio" fut le premier long métrage dans lequel je l'ai vu jouer. C'était sur le petit écran, parce que le film a été tourné en 1963. Bourvil mourut en 1970 et, après "Les aventures de Rabbi Jacob", de Funès devint moins drôle. Gabin, Ventura et Belmondo, dans un autre registre, prirent le relais. Dès 1987, les deux premiers n'étaient plus là. Dès lors, le troisième devint la référence française masculine de mon 7ème art personnel.

S'il a tourné environ 80 films, je pense en avoir vu près de 60, dont les quatre cinquièmes sur grand écran. Aucun autre acteur ne peut se prévaloir d'un tel succès à mes yeux. Jean-Paul Belmondo, sur écran, c'était mon modèle masculin. Tout ce que je n'étais pas : sûr de lui, décontracté, charmeur, drôle, audacieux, téméraire, casse-cou, victorieux. Un James Bond à la française, l'équivalent de Roger Moore dans ce rôle d'agent secret. Des raisons qui, finalement, ont fait de lui le comédien le plus populaire et aimé dans son beau pays de France. Vingt ans après son tragique AVC, réduit à l'inaction par ses conséquences, il s'en est allé. Sur la pointe de pieds. Sans bruit. Discrètement. Et contrairement à tout ce qu'il représentait pour son public, et pour lui aussi.

Le 6 septembre 2021, sa mort m'a fait très mal. Parce que sa vie avait embelli la mienne. A l'image de ce que tout le cinéma représente pour moi. Dans son article relatant ce "fait divers", un journaliste évoquait son talent, gâché à donner dans le populaire, dans le commercial d'un cinéma ignoré, méprisé par les intellectuels de sa race. Un cinéma donneur de leçons et faiseur de morale, opposé à celui égayant les soirées de dizaines de milliers de prolos se faisant chier, à longueur de journée, sur les chaînes de montage des usines automobiles de l'Hexagone. Spectateur, fais ton choix ! Le public a fait le sien : raison pour laquelle il s'est aujourd'hui réparti en millions de fans pleurant la disparition d'un ami, d'un pote qui les faisait rêver. Le 6 septembre 2021, je me suis senti très vieux. Réalisant que, 60 ans plus tôt, il tournait "Cartouche" (photo) aux côtés de Claudia Cardinale. Bébel décédé, c'est un peu (et même beaucoup) de ce bon temps qui ne reviendra plus…

10 septembre 2021 ________________________________________________

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Adieu Jean-Pierre !

C'était une belle journée. Ponctuée par un coucher de soleil somptueux. J'étais dans la montagne, enneigée comme jamais depuis des lustres. Quatre heures passées en pleine nature. Dans la neige, le froid vivifiant, et sans cette saleté de masque qui m'empêche de respirer normalement. Je m'étais arrêté, et m'étais extrait de ma voiture. Demeurant dans l'ombre, mais faisant face à un paysage qui méritait d'être fixé sur la carte mémoire de mon Canon. Il était tout près de 17 heures, et j'avais laissé l'autoradio allumé. En écoutant le flash info, je mitraillais ce paysage qui ne m'avait pourtant rien fait. La baffe, la douleur, c'est par la radio qu'elles m'ont touché : le speaker, ou le journaliste, peu importe, venait d'annoncer ta mort, Jean-Pierre Bacri. Coup de poignard en plein cœur. Le mien, pas le tien. Toi, l'acteur que j'admirais comme nul autre en Europe depuis 40 ans, tu venais de t'ajouter au nombre incalculable des victimes de cet saloperie de cancer.

"Le Crabe et la Grande Faucheuse", titre hypothétique d'une dernière pièce de théâtre, d'un dernier scénario de film. Un ultime rôle, le plus tragique, celui que tu joueras là-haut, ou là-bas, sur une piste aux étoiles, ou dans une salle si obscure que la mort en aura honte d'avoir accompli son œuvre, cette fois plus infâme encore que révoltante. Depuis la mort de Bourvil, il y a plus de 50 ans, jamais je n'ai pénétré dans une salle de cinéma sans avoir eu une petite pensée pour lui. Dorénavant, il ne sera plus seul à passer sur l'écran de ma mémoire. Tu seras là aussi Jean-Pierre, crois-moi, tu seras bien là…

Jean-Pierre Bacri, 24 mai 1951 - 18 janvier 2021

Tes films que je n'oublierai jamais :

Le goût des autres (le meilleur), Comme une image, Parlez-moi de la pluie, Au bout du conte, Place publique, Un air de famille, Cuisine et dépendances, Smoking no smoking, On connaît la chanson, L'été en pente douce, Cherchez Hortense, Kennedy et moi, Didier, Le sens de la fête, La vie très privée de monsieur Sim, Photo de famille, Le Grand Pardon, La 7ème cible, La Baule-les-Pins, Subway, Les sentiments, Une femme de ménage, Grand Froid, Mort un dimanche de pluie, Tout de suite maintenant.

19 janvier 2021  __________________________________________________

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