la couleur des jours
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Bourvil au sommet de son art
En 1964, Gérard Oury tourne "Le Corniaud", avec Bourvil et Louis de Funès. Sur demande du second, le premier doit convoyer une Cadillac de Naples à Bordeaux. Sans que le conducteur ne le sache, la voiture dissimule le butin d'un hold-up commis quelques jours plus tôt. Pour ça, le naïf (ou corniaud) qu'est Antoine devrait faire parfaitement l'affaire. Durant le voyage, dans la ville Rome, Antoine convoque le barbier et la manucure dans sa chambre d'hôtel, avant de sortir pour la soirée. Ce qu'il ne sait pas, c'est que les deux personnages s'occupant de lui sont fiancés. L'homme est d'une jalousie maladive et se fait expulser de la chambre par Antoine, après quelques "maladresses" de sa part.
Antoine invite alors Gina à l'accompagner, dans sa belle Cadillac blanche, afin de lui servir de guide dans "la ville éternelle". Elle accepte, et le soir tous deux se rendent dans un restaurant pour le dîner. Au cours du repas, le barbier Lino fait son entrée dans le restaurant. Très vite il remarque sa belle en compagnie d'Antoine. Pour la rendre jalouse, il séduit une femme sur la piste de danse. A table, Gina le remarque, et fait de même avec le naïf Antoine, qui ne se doute de rien. Après une situation cocasse dont est victime celui-ci, Gina se lève et veut quitter le restaurant. Antoine ne comprend pas et, avant de la suivre, il désire terminer son assiette. Il remarque alors Lino, qui se moque de lui, et comprend soudain que la jeune femme s'est servie de lui pour, à son tour, rendre son compagnon jaloux...
Cette vidéo d'une minute 40 est assez explicite sur le sujet. Et les 12 dernières secondes représentent un moment de cinéma dont je ne me lasserai jamais. L'instant ou Bourvil, debout, assiette et fourchette en mains, se rend compte que Gina s'est moqué de lui, est un pur chef-d'œuvre de comédie, et je crois que nul autre acteur n'aurait été capable de l'interpréter aussi magnifiquement que le Grand, l'Immense Bourvil lui-même.
André Raimbourg, dit "Bourvil", fut l'idole cinématographique masculine de la fin de mon enfance et de mon adolescence. J'ai vu tous les films qu'il a tournés entre 1964 et 1970. Cet homme, qui aurait pu être mon père, (son fils cadet a un an de plus que moi), je l'admirais, je l'aimais comme mon propre père. Je voyais ses films le samedi après-midi, dans le cinéma Palace de Neuchâtel (aujourd'hui hélas disparu), et les 90 minutes de projection me plongeaient dans un bonheur extraordinaire, aux antipodes d'un quotidien vécu sous la domination d'un paternel odieux, d'une violence inouïe et impardonnable.
Né le 27 juillet 1917, il y 109 ans aujourd'hui, Bourvil est décédé le 23 septembre 1970, à l'âge indécent de 53 ans. Je me souviens parfaitement de l'annonce de sa mort, entendu sur un poste de radio. J'avais 16 ans, et ce jour-là j'en ai pleuré de désespoir, contrairement à la disparition de mon paternel, 46 ans plus tard, qui m'a laissé totalement indifférent.
27 juillet 2026 ________________________________________________________