
Dernières MAJ : Actus, 26 avril - Chanson, 20 avril - Cinéma, 19 avril 2026
Camps d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, septembre 2009. Plus d'un million de morts, génocide mené par des dirigeants devenus fous.

Coupables ? Nous le sommes tous ! D'autant plus que la leçon qu'on aurait dû en tirer n'a pas été retenue par le monde entier, et que dans les Goulags sibériens, en ex-Yougoslavie, au Ruanda et aujourd'hui encore au Darfour, à Gaza, au Sud-Liban, en Iran, d'autres crimes de même nature ont continué et continuent d'être perpétrés. En conséquence, des évidences telles que celles-ci auraient plutôt tendance à accentuer ma désespérance quant à la capacité de l'homme à ne pas répéter ses errements les plus flagrants, ses crimes les plus horribles.
"Si c'est un homme", de Primo Levi, le livre le plus poignant, le plus "remuant" que j'aie jamais lu, m'a donné l'irrépressible envie d'aller voir le plus grand camp d'extermination nazi. Tout comme cette autre chose, moins évidente celle-là, mais qui m'interpelle depuis longtemps : la dégénérescence actuelle de l'homme, constatée tous les jours et un peu partout, et qui le mène irréversiblement vers l'intolérence et la violence. Des comportements qui deviennent de plus en plus courants. Le respect est en voie de disparition. Le sens des valeurs aussi. La vie de fous que les gens mènent (spécialement dans les régions urbaines) les rends débiles et c'est logique. Ils perdent tout sens de discernement. La loi de la jungle étend progressivement son emprise sur le monde prétendu civilisé. Je suis persuadé que si un malade, bardé de pouvoirs, charismatique et beau parleur haranguait soudain les foules, ils seraient peu nombreux ceux qui, se servant de l'histoire génocidaire, récente ou pas, comme d'un feu rouge, refuseraient de le suivre.
C'est ainsi que je voyais les choses en 2009. 17 ans après, le malade est bien là, très à l'ouest, plus deux autres, sévissant à l'est. Mon pessimisme s'est donc accentué, je le sais et j'assume. Dans l'évolution des primates dont nous faisons partie, il s'est produit un bug, il y a 200 ou 300'000 ans. Ce court-circuit dans la lente évolution des espèces a débouché sur la branche humaine. Notre boîte crânienne s'est agrandie et notre cerveau s'est développé. Le singe est devenu homme, avec toutes les merveilles qu'a produit son intelligence, alors que le chimpanzé, le gorille, l'orang-outan, nos cousins d'alors, en sont encore à tenter laborieusement de marcher sur leurs pattes arrières... Le bug nous a fait ce que nous sommes et je me demande si, en contrepartie, cette évolution trop rapide ne nous aurait pas privés d'une fibre de solidarité et de compassion, de cet altruisme qui nous fait défaut et qui nous aurait rendus vraiment humains. Avec cette capacité qui aurait dû nous permettre aujourd'hui de nous en remettre à un sens des valeurs intact. Avec cette faculté à éviter des génocides tels que celui qui m'a bouleversé comme jamais, alors que je marchais hier, en Pologne, sur les ineffaçables traces de cette tache qui ne s'effacera jamais des pages de l'histoire de l'humanité…